Jeudi 26 novembre 2009

Ce dont je me souviens, c'est de ses yeux vert d'eau. De leur éclat têtu qu'éclaircissaient encore les sanglots retenus et de ses longues mèches brunes que bouleversait le vent. Je partais cette nuit-là pour la frontière allemande. Sur la route de la gare, pendant un court instant, nous avions eu à cœur d’incroyables serments. Promesses de gamin. Aucun de nous, pourtant, ne confessa sa peur. Comment aurions-nous pu ? Nous avions dix-sept ans et nous nous séparions pour la toute première fois. Mes yeux buvaient les siens et la lumière blafarde avait uni nos ombres. Etions-nous beaux à voir ? Nous le sommes tous, à cet âge. Mais avions-nous du monde seulement la moindre idée ? Dans ce dernier regard passait toute notre soif. La vie nous attendait mais ni elle ni moi ne le savions. Nous ne parlions encore que de lettres à venir et de saisons prochaines. Nous n’allions malgré tout jamais plus nous revoir. Je me souviens aussi d'ombres de voyageurs, d'un bref coup de sifflet et d'un dernier baiser volé sur le départ. Le silence qui suivit me laboura la gorge. Je l’ai su ce soir-là : aux pages qui se tournent n’échappent que des murmures… La nuit fut longue et froide. Je les vis défiler, les unes après les autres, toutes ces villes élastiques, dont l’éclat ricochait sur les vitres du train. Elles m’appelaient. Je n’ai fait qu’y répondre. Trente années sont passées mais il arrive encore qu’en marchant dans les gares le souvenir d’un murmure me procure un frisson…

Alain Emery
Par Léonie Colin - Communauté : GALERIE DES LETTRES
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Samedi 21 novembre 2009


Tourner la page

 Contempler la lagune
 D’un coup, Venise /


Automne en feuilles
Je regarde le monde
par la fenêtre /

 L’horizon et la
 route en ligne de fuite
Tourner la page


Frédérique Trigodet

Par Léonie Colin - Communauté : GALERIE DES LETTRES
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Mercredi 18 novembre 2009


J’ai pleuré. De frustration autant que de chagrin. De colère autant que d’impuissance. Lorsqu’on ne peut plus agir pour faire comprendre aux autres ce que l’on ressent, on pleure. C’est tout ce qui nous reste et c’est la seule chose à faire même si ça ne sert à rien. Parce que les autres s’en fichent de nos larmes, elles ne les touchent pas, ils continuent à nous juger, impitoyablement. Sans se rendre compte qu’ils ne savent rien de nous, que ce qu’ils jugent n’est qu’une apparence, une écorce, une carapace qui tient vaille que vaille tant qu’elle le peut, mais qui à la longue, se fissure, saigne lorsqu’on la blesse. Malentendu, maladresse, ce ne sont que des mots qui tentent seulement de mettre une réalité sur des faits, de les faire concorder avec ce que l’esprit se représente des choses. Mais le cœur ne les entend pas. Il pleure lui aussi. Et lorsque les flots se gonflent, envahissent l’espace et menacent de déborder, lorsque l’évidence de leur inutilité vient vous cingler le visage, lorsque la vacuité même des mots vous apparaît, il ne reste plus qu’à déposer les armes, quitter le champ de bataille.
Abandonner la partie. Et tourner la page…

Ghislaine Maimoun

Par Léonie Colin - Communauté : GALERIE DES LETTRES
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Lundi 9 novembre 2009
Giuseppe regardait le temps s’écouler, comme l’eau d’une rivière emportant dans sa crue le peu de force et de santé qui lui restait. Le vieil homme se nourrissait de l’évocation de sa vie passée, mais il s’était mis à haïr ces incursions dans ses souvenirs. Leur résurgence rouvrait des plaies anciennes, attisait sa souffrance et mettait son sommeil en péril. Le passé était son geôlier. Sa mémoire aux aguets ne lui laissait aucun répit, aucun espoir d’atteindre l’autre rive, là où son âme goûterait une douce quiétude avant le repos éternel. Torturé par ces immersions douloureuses dans le fleuve tumultueux de sa vie, il finissait toujours par échouer sur la berge meuble du présent, meurtri et exsangue. Giuseppe avait décidé de morceler sa mémoire en proposant au chaland de la Fiera Antiquaria un bric-à-brac d’objets insolites, lambeaux de son existence. Un moulin à café, des billes de verre, une minuscule charrette garnie de fétus de paille, des livres aux pages cornées. Il espérait, en vendant ses reliques, apaiser ses blessures, recouvrer un peu de sérénité. Installé dans son fauteuil de rotin, il se sentait étrangement mis à nu. Il avait rassemblé là les fragments les plus précieux de sa vie. Chaque pièce offerte au regard et à la convoitise du passant était intimement liée à un souvenir de son passé. Un épisode heureux ou malheureux dont l’écho résonnait aujourd’hui encore de façon troublante. Giuseppe s’ébroua doucement dans son fauteuil. D’un geste las de la main, il s’éventa, afin de chasser les souvenirs qui tournoyaient autour de lui comme une nuée d’insectes bourdonnant à ses oreilles. Il avait choisi d’éparpiller le passé, d’ensevelir ce compagnon de ses vieux jours à la fidélité trop encombrante. Il voulait tourner la page.

Par Léonie Colin - Communauté : GALERIE DES LETTRES
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Dimanche 8 novembre 2009


De retour après diverses aventures, quelques voyages et quelques pages tournées , je n'ai plus trouvé le temps  d'écrire pour ce blog ou de solliciter vos textes.
J'ai tout de même  publié des textes sur Encre Noire, Vignaubière, chez Françoise et chez Coline...

Reprenons nos échanges, écrivez-moi !




Par Léonie Colin - Communauté : GALERIE DES LETTRES
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