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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 04:08

 


Elle éponge  les traces d’eau sur l’évier de pierre , essuie les carreaux bleus et  finit d’arranger le plateau . Cafetière, sucrier , petite cuiller argentée , quatre biscuits à l’orange dans la coupelle de Saxe. Celle où Maman dressait quelques minces tuiles aux amandes . La fine bordure craquante et cuivrée , le centre jaune clair à peine cuit…

Elle attend dans le petit salon, il est  toujours ponctuel . Depuis toutes ces années, il n’a manqué le rendez-vous que pour des raisons majeures, des évènements d’un ordre supérieur auxquels nul ne pouvait rien.

La pendule finit de résonner , il est là . Sa voix emplit la pièce, son timbre grave , ses intonations un peu chantantes, le charme de son accent .

 Il s’assoit sur un fauteuil. Tourné vers elle, il la rassure dans ce monde où tout bouge, où même les mots n’ont plus la même signification. Son regard posé sur elle la trouble aussi ;  comme  celui de ce jeune homme, croisé le temps de  quelques promenades au bord de la rivière l’année de ses vingt-cinq ans.  Cet été là, elle n’était pas allée  sur la côte, prétextant des migraines. Maman,  déjà malade et fatiguée, avait accepté de la laisser seule deux semaines. Quinze longues journées de liberté …

Aujourd’hui, il est comme elle  préfère : jeune, plein d’énergie. Il semble parfois plus lourd, plus posé, les yeux dissimulés par des verres fumés  . Elle ne le montre pas  mais ces jours-là , elle est un peu déçue.

Elle s’appuie légèrement contre le dossier, se laisse aller sans le lâcher du regard,  l’écoute sans vraiment comprendre - c’est souvent compliqué - Elle observe  ses mains, ses yeux , sa démarche…Il s’interroge encore,  après quelques hésitations, voire des erreurs, il va  prendre le dessus et tout va s’éclaircir. Comme chaque jour, elle le connaît depuis si longtemps.

 L’intensité des dernières minutes, elle ne peut le quitter des yeux , il ne dit rien , un voile de mélancolie les unit. Elle sent monter la  tristesse, cette gravité dans son regard. Plus encore le vendredi  à cause des deux jours de séparation qui vont suivre.

Il est temps de  prendre congé. D’un éclair de  télécommande , elle efface les  lettres bleues qui traversent l’écran comme une signature à la fin de l’épisode:
 Inspecteur Derrick


Photo: merci Julie



 

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Published by Léonie Colin
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commentaires

Mrs K 16/12/2008 22:43

Excellent !

Julie 16/12/2008 12:53

http://fr.youtube.com/watch?v=zoee3lLMvJ8
Le montage est nul, la musique à la hauteur du personnage mais là chanson me fait rire.

Léonie Colin 16/12/2008 10:03

Je ne l'ai pas souvent regardé, mais je l'ai vu par accident, c'est une véritable curiosité. Les décors sont verdâtres avec des mobiliers dignes de la maison des petits malins, la lumière rappelle un aquarium mal nettoyé. Les acteurs sont habillés à la mode des années 80 (manches chauve-souris, costumes terrifiants, parfois même à carreaux, cravates XXL). Les coiffures des personnages semblent sculptées dans le vinyle tant elles sont enduites de laque. L'histoire se déroule si lentement qu'on perd le fil (je ne suis pas sûre de m'être concentrée comme il aurait fallu). Il paraît que c'est un must dans les maisons de retraite, je pense que cela doit reposer des couleurs flashy et de la vulgarité télévisuelle. Regarder un épisode entier, c'est une expérience à faire. Je garde cela parmi les projets pour plus tard.

Laurence M 16/12/2008 09:24

Bel hommage .... c'est un petit texte délicat, subtil, un bouquet de nostalgie.. juste une petite chose à avouer , je n'ai jamais vu un épisode de l'inspecteur Derrick ...

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