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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 23:21

J'ai suivi les flèches en sortant de l'ascenseur; cette dame était déjà dans la petite salle d'attente sous la lumière beige qui éteint les regards , en train de se débattre avec la blouse.

La blouse couleur d'eau qu'il faut enfiler à l'envers avant de suivre les pas tracés par terre  vers les machines sonnantes , de se passer les mains à l'alcool et de chercher parmi les gisants celui qu'on est venu voir.
La blouse , pas tout à fait assez large pour elle. Le visage figé, elle  répète     "   je ne sais plus  comment on fait , pourtant je suis déjà venue, je suis déjà venue..."
Au moment où je tends la main pour l'aider à passer son bras dans la manche, je me revois sur ce bateau devant Boston. Un promène-touristes qui nous emmenait  regarder les baleines sous un soleil de fête. Plus d'une heure de route, les moteurs à plein, les Américains joyeux et fraternels. Quand une brise est venue fraîchir , chacun a sorti son coupe-vent ou son pull. Je me souviens de ma surprise quand ma voisine de banc, plus âgée que moi, m'a tendu la manche de ma veste. Autour de nous les touristes s'entr'aidaient , chacun contribuant à emmitoufler l'autre, qu'il le connaisse ou pas. 
Je remonte la blouse sur ses épaules, je ferme le troisième bouton , je la guide vers la salle de réanimation.
Je vais parler des baleines à celui que j'aime...

Photo Julie

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Published by Léonie Colin
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commentaires

Léonie Colin 12/01/2009 07:41

Comme tu le dis.
Ce qui est bien pour nous, c'est qu'il en est sorti. Mais on n'oubliera pas le séjour de sitôt...

Mrs K 11/01/2009 23:21

Ce doit être bien quand tu racontes les baleines. Surtout que les soins intensifs c'est pas bien, pas bien du tout même.

Léonie Colin 11/01/2009 19:31

@Laurence: hello, pas trop fêté tes succès littéraires ?;-)
@Emma : ne nous invite pas à Ouessant, on risque de ne plus repartir. Avec les baleines, c'est tout ce dont on rêve, là. Je te souhaite une grippe pleine d'inspiration (la fièvre, le calme, la couette...)

EmmaBovary 11/01/2009 16:14

Pobrecita Emma savoure la lumière ronde et jaune de l'hiver et les rayons du soleil à travers la vitre (elle ne peut pas sortir). Elle se dit qu'elle a de la chance de n'avoir que la grippe, qu'elle irait bien voir les baleines à Boston... Elle se dit aussi que, loirsqu'elle aura sa maison sur Ouessant, elle invitera Léonie et son être aimé...

Laurence M 11/01/2009 10:21

Raconter les baleines à celui qui est condamné à subir, à souffrir, et ne peut qu'écouter, dans cet enfer de tuyaux, voilà qui est apaisant ...

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