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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 08:49

Elle suit le bord du trottoir. La bande de granit  clair  descend parfois vers le bitume de la route, elle ne l’ approche pas  de peur de perdre l’équilibre.

Elle a mal aux pieds, ça doit être ses chaussures.

Ses souliers plats, durs et luisants, l’arrondi sur le coup de pied et celui de l’extrémité comme deux sourires qui se répondent. Contre les bas blancs, quasi-bleus,  la bride noire tranchant   le fil d’Ecosse ; de temps en temps elle les regarde en marchant  et relève la tête  avec l’ envie de danser malgré le supplice de ses orteils. Avant de les enfiler, le dimanche et pour les grandes occasions, elle frotte le cuir jusqu’à le faire étinceler comme un métal. Avec ses vernis noires, le menton haut, elle   sourit et  cherche les yeux de ceux qu’elle croise. Elle se sent autre, elle espère être regardée.  Peut-être que  Marie va la voir…

Marie, si grande, si belle, les boucles blondes sur le dos étroit, le regard bleu. Marie qui glisse, qui ne semble pas marcher. Chaque fois qu’elle la rencontre, elle se remémore  ensuite pendant des heures  chaque geste, chaque mot de celle qui ne l’a même pas vue. Elle  fait partie des petites, Marie est déjà une jeune fille, presqu’une femme. Elle lui a parlé une fois, à la sortie de l’école, elle cherchait son petit frère, elle l’a interpellée comme si elles se connaissaient, comme si elles étaient amies - Dis-donc , ils sont sortis ceux de la classe de Mme Laîné ?

Sidérée, confuse, ravie sous le regard bleu déjà passé à autre chose, si seulement elle avait eu ses vernis noires ce jour-là, elle a bafouillé  -Ah, je ne sais pas…je vais voir, peut-être que…  

Marie avait déjà tourné le dos, accaparée par une autre, une grande, une comme elle.

Elle était restée avec la musique de sa voix dans l ‘oreille et le vertige de son regard marine  en plein visage. Elle ne lui a pas parlé depuis, elle  l’admire en silence. Elle est si timide.

Le pavé  rouge sous le camélia, les pétales mous sous ses pieds. Elle suit les murs et  les portails forgés, les branches fleuries fléchissent vers sa tête, elle les sent parfois frôler ses cheveux. Le long de certains jardins, des chiens l’accompagnent en vociférant comme s’ils pouvaient l’atteindre à travers les pierres, elle résiste à la peur et avance toujours. Les trottoirs s’aplanissent , disparaissent , bientôt remplacés par une ligne blanche . A chaque pas, elle y pose son pied gauche, elle va droit malgré la fatigue. Elle longe des haies poussiéreuses et basses, d’immenses panneaux colorés, des glissières de métal. Là où la ligne blanche l’emporte , il n’y a  plus de place pour les marcheurs. Des plaques d’herbes maladives affleurent sous les bordures de goudron.

Une voiture ralentit à sa hauteur et s’arrête, le vacarme du moteur la dérange. Elle a un peu peur des voitures.

Un homme en descend, il est immense. Il se poste devant elle , l’empêchant d’avancer 

– Mamie, on t’a retrouvée, depuis ce matin qu’on te cherche partout !





 

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Published by Léonie Colin
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commentaires

Léonie 11/05/2009 07:45

Oui mais on te laissera quand même marcher un peu, ça fait tant de bien de travailler des pieds et du chapeau!

Coline+Dé 08/05/2009 21:48

Hep ! Vous viendrez me récupérer sur la route, même si j'ai pas mes vernies noires ?

Léonie 20/04/2009 22:31

Faut dire qu'elles sont quelques unes à battre la campagne :-)

Mrs+K 20/04/2009 22:10

Certain c'est une copine de ma mère !

Léonie 19/04/2009 16:58

@ Laurence: les chaussures, on s'en souvient longtemps!
@ Emma, ouf, j'ai enfin réussi à te surprendre!
@ vous deux: j'aime bien vos petits mots

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