Samedi 11 juillet 2009
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Elle se rend tous les soirs au pied du mur. Elle arrive à l’heure où le soleil achève sa course, caresse de sa
lumière ambrée le gris de la pierre. A l’heure où les villageois regagnent leur logis, pour se fondre dans l’intimité du foyer, le crépitement des conversations. Chiara se laisse glisser le long
du mur, s’accroupit dans la poussière, à l’abri des regards et du souffle du vent. Drapée dans le silence et dans son grand châle noir, la jeune femme colle son oreille contre la pierre tiède,
écoute le murmure du passé. Elle ferme les yeux. Ses doigts effleurent les aspérités du mur, dessinent à tâtons le chemin qui la mène jusqu’à lui. Elle aime revivre en songe la plénitude de leur
amour. Elle s’accroche de toutes ses forces à la paroi minérale et à ces lambeaux de vie à deux. Matteo s’en est allé, léguant à la jeune Calabraise le chuchotement des souvenirs, quelques notes
éphémères que le vent du soir disperse. Elle aime cet endroit. Le mur la protège, lui sert de rempart contre les assauts du chagrin. La vie sans Matteo n’est qu’un vaste champ de ruines. Chiara
survit parmi les éboulis. Le long du jour, le mur capture la chaleur, pour la diffuser le soir venu, la répandre comme une source chaude. Ici Chiara se noie dans le passé. Elle entre en communion
avec Matteo quelques instants, dérobés aux ténèbres de la solitude. Elle revoit son regard de braise. Elle sent son souffle incandescent. Elle écoute le murmure de son amour. Elle se souvient des
promesses et du velours de sa voix. Elle se souvient des caresses et du velouté de ses doigts. Mais les effluves du passé sont fugaces, ils s’évaporent, comme des nuages dans le ciel dépouillé.
Le temps estompe les couleurs, éparpille les odeurs, efface les mots. Matteo est parti. Rien ne laissait présager son départ (…)
Laurence Marconi
Par Léonie Colin
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