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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 11:37

Elle se rend tous les soirs au pied du mur. Elle arrive à l’heure où le soleil achève sa course, caresse de sa lumière ambrée le gris de la pierre. A l’heure où les villageois regagnent leur logis, pour se fondre dans l’intimité du foyer, le crépitement des conversations. Chiara se laisse glisser le long du mur, s’accroupit dans la poussière, à l’abri des regards et du souffle du vent. Drapée dans le silence et dans son grand châle noir, la jeune femme colle son oreille contre la pierre tiède, écoute le murmure du passé. Elle ferme les yeux. Ses doigts effleurent les aspérités du mur, dessinent à tâtons le chemin qui la mène jusqu’à lui. Elle aime revivre en songe la plénitude de leur amour. Elle s’accroche de toutes ses forces à la paroi minérale et à ces lambeaux de vie à deux. Matteo s’en est allé, léguant à la jeune Calabraise le chuchotement des souvenirs, quelques notes éphémères que le vent du soir disperse. Elle aime cet endroit. Le mur la protège, lui sert de rempart contre les assauts du chagrin. La vie sans Matteo n’est qu’un vaste champ de ruines. Chiara survit parmi les éboulis. Le long du jour, le mur capture la chaleur, pour la diffuser le soir venu, la répandre comme une source chaude. Ici Chiara se noie dans le passé. Elle entre en communion avec Matteo quelques instants, dérobés aux ténèbres de la solitude. Elle revoit son regard de braise. Elle sent son souffle incandescent. Elle écoute le murmure de son amour. Elle se souvient des promesses et du velours de sa voix. Elle se souvient des caresses et du velouté de ses doigts. Mais les effluves du passé sont fugaces, ils s’évaporent, comme des nuages dans le ciel dépouillé. Le temps estompe les couleurs, éparpille les odeurs, efface les mots. Matteo est parti. Rien ne laissait présager son départ (…)

Laurence Marconi

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Published by Léonie Colin
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commentaires

Domi 03/09/2009 07:26

je suis estomaquée! tant de similitude avec mon texte sur les murs vivants... de plus mon père (inconnu) est calabrais et curieusement, j'ai toujours fait un rapprochement entre cette maison du Berry et mes origines italiennes enfouies..
j'en reste sans voix
bien mystérieux tout ça...
un texte magnifique, sublime
que d'émotions ce matin ici

Coline 16/07/2009 08:38

Les mots, comme les pierres, construisent, pour peu qu'ils soient ajustés avec art... bravo Laurence !

danielle 13/07/2009 12:08

J'aurais reconnu etle style et l'émotion que sait véhiculer Laurence, magicienne des mots!

Catherine MORICE 12/07/2009 17:18

Je pourrais être Chiara, mais je ne suis plus très jeune..mais c'est vrai que je cherche aussi cette chaleur perdue un matin de mars...le temps estompe,seuls les contours restent, intensément ancrés dans la mémoire de la chair, de l'âme..c'est un beau texte d'amour, où l'attente d'un signe,d'une chaleur que la pierre ne remplace pas, mais laisse l'imagination se nourrir de ce désir à jamais inassouvi.

Evlin H. 11/07/2009 21:00

Formidable écriture qui réussit en quelques phrases, à évoquer un mur chauffé au soleil, sur lequel 'celle qui reste" va à la fois se souvenir et calmer sa douleur.

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