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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 18:07

Entre quatre murs, six pieds sur terre.

 

Je l’observe qui frotte. Elle est jeune et déploie de l’énergie, beaucoup d’énergie. Sa frénésie me fatigue mais sa présence me distrait. Alors, posé dans mon fauteuil, je la regarde s’agiter. Elle pourrait être mon arrière petite fille.

Elle passe rapidement ses lingettes désinfectantes sur les poignées, les interrupteurs, l’armoire et la table de chevet - jusqu’au poste de radio éteint. De là, elle glisse vers la tête de lit et s’acharne sur le mur constellé de traînées insolites. La compote  d’hier soir, la grenadine de midi et puis le reste, qui lui fait froncer le nez. Tout doit disparaître.

Elle frotte et je détaille : sa blouse bleue, ses gants roses, la peinture verte qui s’écaille et la pendule rouge qui clignote. Dix huit minutes, c’est le temps qu’elle passe en moyenne dans ma chambre, quotidiennement. Treize minutes de plus que l’infirmière. Vingt quatre de moins que les aides soignantes.

Elle s’appelle Sarah, elle me l’a appris le jour de son arrivée. Les murs étaient jaunes à l’époque, plus salissants. Les premiers mois, elle me parlait. Je le devinais à ses lèvres. Quand elle poussait la porte, elle me faisait un signe de la main et parfois elle me souriait.

Depuis elle est devenue comme tous les autres et aujourd’hui elle ne me voit plus.

Dès qu’elle entre dans la pièce, elle gagne les fenêtres d’un pas pressé. Elle les ouvre en grand, été comme hiver, et j’ai froid. Je ne sens pas l’air sur ma peau mais je sais que j’ai froid. Parce que les fenêtres sont ouvertes. Elle marmonne en nettoyant la tablette près de mon lit. Les glaires ont séché, il faut frotter plus fort encore.

Quand elle repart les murs sont propres, je reste seul dans mon pantalon souillé.


Lunatik

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Published by Léonie Colin
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commentaires

Genovanna 26/07/2009 11:35

Ce sonne juste et serre le coeur.
Le minutage des actions est peut-être le plus terrible.
Ce vieux monsieur a donc ainsi un peu plus d'une heure (71 minutes) de "compagnie" dans la journée.
Pour Sarah, plus le temps de sourire et sans doute plus l'envie ? Lui a-t-on dit :" Contentez-vous de faire l'utile pour lequel vous êtes payée, il y a 20 autres chambres qui attendent ?"
Il n'y a plus le temps pour l'indispensable...

Coline 24/07/2009 22:52

Cotte de maille froide et dure. L'intérieur doit être tellement tendre...

Léonie 24/07/2009 20:12

Une écriture sans pathos, l'effet en est encore plus fort.

danielle 24/07/2009 20:06

Triste, terrible,mais tellement conforme à une certaine réalité.

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