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6 janvier 2010 3 06 /01 /janvier /2010 08:22
                                                                               Le saint homme
L’humble prêtre ignorait où la vie le mènerait. Obéissance fut toujours son mot d’ordre, quelles que soient les épreuves ou les joies. Jamais il n’eut d’attache, jamais il ne s’autorisa de véritables amis tant son âme se vouait à servir Dieu. Son cœur n’existait pas, du moins ne devait-il plus se faire entendre. Il avait goûté à la vie dans sa jeunesse et cheminé quelque temps sur les routes estudiantines, avant de suivre d’autres voix. Celles du Seigneur.
De paroisse en paroisse, de ministère en ministère, son âme s’était dévolue à accompagner autrui, son oreille en avait écouté les plaintes, sa bouche enseigné les néophytes, ses sacrements uni et béni âmes amoureuses ou défuntes. Parfois, il souffrait du regard des fidèles ne voyant en lui qu’une « machine » à dire la messe, parfois il pleurait en son cœur de ne pouvoir livrer ses propres douleurs, son mal-être. Nullement il ne se confia. Il incarnait véritablement le saint homme, discret et aimable, savant et modeste, humble de nature et riche de cœur ; les plus sincères des croyants qui croisaient sa vie se sentaient ridiculement petits face à tant de bonté et d’abnégation, son sacrifice se devinait quotidien et sans cesse accepté dans une joie profondément libérée de quelconque souffrance. Lui, l’homme de bonne naissance, était un jour allé vers un miséreux certes avec embarras, mais empreint d’une sincérité d’âme telle que le pauvre malmené de la vie lui avait ouvert son cœur abimé. La rencontre avait été bouleversante pour les deux êtres. Son Carême se distinguait non pas seulement par une stupide et aveugle privation de nourriture mais bien davantage par d’incroyables moments de partage avec ceux qu’il ne côtoyait pas en temps ordinaire.
Aussi, lorsque son évêque lui donna un nouveau ministère, loin, si loin, il obéit. Sans que son âme pût rechigner. Mais son cœur gémit. Pour la première fois de son sacerdoce, des relations s’étaient tissées entre une famille et lui. Il les aurait appelés « amis ». Ses joies et ses doutes se partageaient autour d’un repas détendu, les grands événements de la famille lui offraient naturellement une place, il partageait avec eux ce qu’auparavant il n’observait que chez les autres. Sa peine fut immense, il n’aurait su la traduire en mots et pour rien au monde ne souhaitait la leur montrer. Il partit donc.
Mais cette fois-ci, il gardait au fond de lui des amis. La vie l’éloignait et l’éloignerait souvent d’eux. Pourtant, dans son divin service, chaque fête le rapprocherait d’eux, tous les bons et mauvais moments seraient dits et écoutés.
Dix ans ont passé depuis son départ. Les anniversaires ne sont toujours pas oubliés. Les voix se font souvent entendre. Quelque part, il remercie le Seigneur de cette richesse de la vie.
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A Rebours

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Published by Léonie Colin
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laurenceM 11/01/2010 17:03


Un portrait riche, tout en nuances, d'un homme de foi qui suit la Voix et sa voie ... beaucoup d'amour dans ce texte


Parisianne 07/01/2010 08:11


Très belle évocation d'un homme de partage et de la naissance d'une amitié. Il est vrai que nous imaginons souvent les hommes d'église comme des "déconnectés" de la vie courante, ce qui n'empêche
pas les sentiments sincères. Merci A Rebours de nous le rappeler.


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