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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 21:03

                                      24 JANVIER 10 038Dialogue sans paroles

 

 

 

Elle se disait, que rester assis près de la fenêtre de la petite chambre d'amis, ne pouvait plus durer.

Il pensait bien que ça devait l'exaspérer qu'il restât, ainsi, à contempler ce petit bout de port.

Elle lui proposerait bien de descendre s'asseoir sur le banc, près du quai, ainsi il pourrait le voir, "son"Légué"

Il savait qu'il accepterait encore aujourd'hui de poser les fesses sur le siège de pierre froide.

Elle lui dirait, en descendant l'escalier de leur appartement, que "ça lui ferait du bien pour sa déprime."

Il lui "balancerait", s'il en avait le courage, que sa dépression il pourrait la guérir rapidement en réarmant son bateau.

Elle priait pour qu'il ne revînt pas sur sa décision d'arrêter de naviguer sur son"pêche-promenade"

Il se souvenait du malaise qu'il avait fait en mer, des plaisanciers qui l'avaient secouru et ramené, lui et son canot,au port.

Elle avait eu si peur qu'il se noie, elle avait intrigué auprès du docteur pour le forcer à arrêter de naviguer.

Il maudissait ce sacré toubib, qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas. Il l'avait sacrifié au profit de sa femme, ce foutu carabin.

Elle se disait qu'elle avait passé trop d'années à craindre pour lui durant ces 40 années de navigation.

Il se disait qu'ayant bourlingué sur les 4 mers, passé les 3 caps, essuyé les tempêtes d'Islande, ce ne serait pas dans la baie qu'il ferait son trou dans la grande salée.

Elle arriverait bien à lui faire comprendre qu'après trop de risques encourus, on avait le droit, et le devoir de mourir dans son lit.

Il se disait qu'il commençait à faire froid, qu'il remonterait bien s'asseoir sur son fauteuil près de la fenêtre de la petite chambre d'amis.

Elle se disait qu'ils allaient rentrer, il ne manquerait plus qu'avec sa déprime, il lui fasse une pneumonie.

Il se disait que maintenant sa vie consisterait à regarder ce petit bout de mer assis sur le vieux fauteuil Voltaire.

Elle espérait qu'il vienne regarder"les chiffres et les lettres" avec elle, assis tous deux sur le canapé du salon.

Il n'avait presque rien à contempler dorénavant. "Ils" avaient vidé le port. Il se disait que les chiffres et les lettres, après tout...

Et il y aurait encore de longs silences, de drôles de regards....

 

Bernard Philippe

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Published by Léonie Colin
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commentaires

annick.demouzon 11/04/2011 19:00


joli texte...


EmmaBovary 06/04/2011 11:51


Une écriture simple et belle qui dit bien les émotions et les fait ressentir...


djin 06/04/2011 10:19


Quelle subtile et éloquente alternance... Le chemin est long pour que deux routes qui ont sillonné côte à côte durant 40 années en viennent à se croiser ! Finalement, faut pas médire de la télé ^_^


Nad 06/04/2011 08:19


Un texte très musical, une écriture empreinte de douceur, de mélancolie, j'aime beaucoup.


Alain 05/04/2011 23:22


Original et séduisant...


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