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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 08:00

avent-016-copie-1.jpgÇa fait un sale effet. Très sale. Du genre moite et poisseux, qui colle à la peau même après un bon nettoyage. Qui résiste à la brosse et au détergent. Du genre qu’on n’oublie pas de sitôt. Pourtant au début j’ai bien réagi. C’est la première fois que mon père a un gros pépin de santé, mais je suis orthophoniste, et un accident vasculaire cérébral, je peux me représenter ce que c’est. J’ai des outils pour comprendre et pour réagir. Je n’ai pas sauté de joie, vraiment pas. Mais j’ai enclenché le mode « rationnel » et « raisonnable ». Under control, plutôt zen. On fera face. Même pas peur. Et puis il y a eu le second AVC, dix jours plus tard. Je me souviens de la voix terne de maman au téléphone. J’attendais des nouvelles du retour à la maison, papa devait rentrer de l’hôpital ce soir là. Le ton de son « allo » ne cadrait pas. J’ai su d’emblée qu’il se passait quelque chose. J’ai écouté, sans flancher, en étant attentive. Il fallait pouvoir redire aux frangines. Hémorragie cérébrale importante, vigilance très moyenne, troubles sévères. Ré-hospitalisation, chambre de soins intensifs. J’ai raccroché. Et j’ai eu peur. Et je me suis demandé si la série noire allait s’arrêter, ou pas. Et… Pour la première fois de ma vie, je me suis vraiment dit qu’un jour, mon père allait mourir. Un jour. Peut-être même là, demain ou la semaine prochaine. Pourvu que non pourvu que non. Mais c’est devenu possible. L’éventualité s’est frayé un chemin jusqu’à ma conscience, sans prendre la peine d’arriver doucement, sur la pointe des pieds, avec ménagement. Que nenni. Une grande baffe. Bien sûr que je le sais. Tout le monde sait que tout le monde mourra un jour et puis voilà. Mais entre la généralité et son propre cas particulier, entre savoir et ressentir il y a un gouffre. Et dans un gouffre, si on ne fait pas gaffe à ses os, on tombe. Je suis redevenue toute petite. La « petite dernière », puisque c’est ma place dans la famille. Et puis j’ai re-grandi. Le tout en un rien de temps. Parce qu’il fallait bien. Papa se remet. Plutôt étonnement bien, d’ailleurs. Je me remets aussi, pas trop mal non plus, merci. Mais ça m’a fait un sale effet, un très sale effet, et je n’oublie pas. Alors je me venge : je profite. De tout ce qui me tombe sous la main et qui s’y prête. En particulier des gens qui me sont chers. Et je n’en fais qu’à ma tête. Na !


Gaëlle Pingault

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Published by Léonie Colin
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florent 15/06/2010 10:32


Ce n'est pas si éloigné de la première fois où, par le biais de la maladie, on flirte avec la mort...
Se venger sur la vie... oui je connais.
Beau texte.


Laurence M 14/06/2010 12:04


c'est percutant au début, comme si on se heurtait à un bouclier. Et puis, l'auteur baisse les armes et laisse l'émotion envahir tout .... bravo !


gaëlle 13/06/2010 20:20


Bon, ayé, voilà. Me faites rougir. 'reusement que ça ne se voit pas derrière un écran...! Merci, hein, dites.


Maryline 13/06/2010 19:59


pour rejoindre Emma, c'est pour cela que j'ai hâte de lire le second livre de Dame Pingault ;)Alain, je suis d'accord, avec son air de ne pas y toucher, elle a effectivement un coeur gros "comme
ça" ;)


EmmaBovary 11/06/2010 23:39


@ Gaëlle: comment dire... c'est dans l'écriture. Par rapport au style des nouvelles de ton recueil, je te trouve un peu plus de légèreté dans la plume, malgré les moments pas toujours évidents...
Comme si tu laissais voleter un papillon dans tes mots quand ce qu'il y a à dire a déjà été dit. En fait, tu racontes plus qu'avant. Tu écris moins. Et tu nous donne à voir... (chai point si je
suis claire là!)


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