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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 12:48

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 Sourire rouge et regard noir, la femme qui l’accueille   porte bien ses cinquante ans. Sa convocation au bout des doigts, la nouvelle prononce les mots préparés dans l’escalier :

-         Je viens de la part de l’agence, le service m’a recrutée pour…

-         Voici votre local.

Levant à peine les yeux de son écran, la secrétaire désigne du  coude  une porte entr’ouverte. Papiers dispersés, ordinateur démonté, murs défraîchis. La voix de la femme monte vers l’arrivante :

-         C’est un peu en désordre, ça fait trois mois que la précédente nous a quittés. On n’a touché à rien.

 La nouvelle entre seule, marche vers la fenêtre et jette un coup d’œil : trois étages à l’ancienne, le parking semble loin sous le  parapet minuscule. Elle pose son sac sur un coin de bureau et son imperméable sur le dossier de la chaise . Deux manteaux  se déploient déjà à la patère de l’entrée, elle n’ose pas approcher son vêtement de leurs plis sombres. Des éclats de voix lui parviennent, quelqu’un d’autre travaille ici. Elle longe un couloir, son arrivée dans la salle de réunion interrompt  le double éclat de rire de la secrétaire et d’ une  femme de son âge assises l’une contre l’autre. Leur joie partagée  se fige et glace à la minute où elle croise leurs regards  Les deux corps se raidissent, les yeux la vrillent en silence. Une cafetière et deux tasses signalent la pause, une voix atone  laisse tomber :

-Vous voulez peut-être un café 

Elle n’aime pas le café,  aimerait plutôt savoir qui est qui, où sont les toilettes et ce qu’on attend d’elle…Mais accepte .

- Ici il y a une bonne ambiance, annonce la secrétaire, toutes les deux on s’entend bien, pas vrai Monique?

La phrase sonne comme une menace. Cheveux gris coiffés en brosse, visage rouge aux traits tirés, la comptable la fixe derrière ses lunettes. Sous les prunelles couleur de flaque limoneuse, l’arrivante  se sent drapée d’un voile visqueux.

-         Ça va faire du bien d’avoir de l’aide, on  est débordé, et puis une belle blonde dans un bureau c’est un plus ! 

Ricanement à l’unisson, elles  se lèvent et quittent la pièce du même pas.

La porte d’entrée s’ouvre sur l’homme, le chef. Son écharpe et sa veste accrochées à la patère, il traverse le couloir vers elle, confuse d’être  surprise  une tasse à la main pour ce premier contact.

-         Vous avez été mise au courant ?

La poignée de main molle et chaude, à la limite de l’humidité, le regard fuyant, il a déjà tourné les talons.

 

(...)

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Published by Léonie Colin
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commentaires

léonie/marisol 28/11/2010 12:03


Exactement. Et malheureusement, la perversité y trouve parfois un abri confortable...


Anne Chabanelle 28/11/2010 09:54


Les conflits partent souvent d'un problème de territoire mal défini.
La difficulté, c'est lorsque la personne à l'origine de la situation de conflit, pense que son territoire est partout. Là, on n'en finit pas.....

Il y en a un en ce moment, qui rejaillit sans fin, sur un des lieux où je travaille. C'est intéressant à observer de l'extérieur, mais que de souffrances pour les protagonistes, et avec
l'impression qu'ils en redemandent...


Elisabeth 20/11/2010 09:45


J'allais le dire!


léonie/marisol 14/11/2010 17:25


d'où est PARTIE la mèche, désolée pour la faute


léonie/marisol 14/11/2010 17:25


Les lieux sociaux sont des arènes, ils mettent en scène la cruauté ordinaire, celle qui s'insère partout, qui se construit de petite bassesse en reniement minuscule. Cela m'arrive de débarquer dans
des lieux de travail après l'explosion (symbolique) et de devoir chercher d'où est parti la mèche qui a tout fait péter. Et là c'est édifiant, ça incite à réfléchir pour ne pas se laisser entraîner
paresseusement dans des attitudes qui semblent anodines mais qui relèvent du lynchage. Cette nouvelle a trois fins différentes; pour le moment c'est l'option soft qui sera dans le prochain recueil,
mais ça cogne quand même.


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