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27 avril 2010 2 27 /04 /avril /2010 08:45

equinox-010.jpgElle a fermé la maison. Les enfants étaient déjà dans la voiture avec leur père. Elle, elle devait les suivre avec son propre véhicule. La clé était dans la serrure quand, subitement, elle s’est tournée vers son mari et lui a dit : « J’ai oublié quelque chose. Partez devant, je vous rejoins. » Il a eu l’air surpris, vaguement agacé même, puis il a répondu : « On s’arrêtera à l’aire des quatre vents, tu nous retrouves là-bas ? » Elle a opiné de la tête. Mais elle sait qu’il n’attendra pas. Lui, il est pressé maintenant de rentrer. Pour lui, les vacances sont finies : il n’y a pas d’entre deux.

Elle, au contraire, elle vient d’investir cet espace qui n’est rien : ni la fin de la période estivale, ni le retour à Paris. Elle s’y complait, elle s’y installe. Elle est rentrée dans la maison et, sans craindre de déranger la cuisine rutilante, elle a fait chauffer de l’eau et s’est préparé un thé, puis elle s’est installée sur un des grands fauteuils qui lui viennent de sa grand-mère et qu’elle protège toujours d’un grand drap pendant les mois d’hiver. Elle l’a tourné vers la fenêtre et a posé son pied sur l’appui. Après la grande effervescence de ce mois d’août et avant celle de la rentrée des classes, elle a eu besoin de ce temps de vacance. Elle ne pense à rien. Elle se laisse aller à la nostalgie. Elle n’aime pas les départs, elle ne les a jamais aimés : ni dans un sens, ni dans un autre. Depuis trois jours déjà, elle imagine le retour et ça lui gâche un peu ce qui lui reste de temps ici. Maintenant que c’est fini, elle a envie d’en profiter, de s’abîmer dans la nostalgie, d’y plonger vraiment. Au fond, partir vite aurait été plus simple, plus facile, plus léger… Mais, pour une fois, elle a voulu aller au bout, au fond de ce léger sentiment de vide, de rien, de ce trouble infime qui l’envahit à chaque fois qu’il faut s’en aller, laisser la maison de vacances.

Aucune racine, aucun souvenir d’enfance ne justifient cette mélancolie. Ce n’est pas une demeure familiale : ils l’ont achetée quatre ans plus tôt, sur un coup de tête. Ils n’étaient jamais venus avant dans la région. Ils l’ont meublé rapidement, n’ont pas beaucoup touché la décoration. A peine a-t-elle choisi les voilages de fin coton qui semblaient s’imposer pour filtrer la lumière sans la bloquer et les housses de couette tendance marine. Pourtant, elle y a mis un peu de son cœur, dès le début, plus que son mari ne l’a pensé, et finalement, plus qu’elle ne l’imaginait elle-même.

Elle est bien : elle est seule. Elle écoute avidement le silence de la maison vide, profite du flou apporté par la fenêtre voilée. Elle entend son cœur battre, sent le thé brûlant glisser le long de sa gorge, elle éprouve les ressorts légèrement souffreteux du vieux fauteuil du poids de son corps. Doucement, tranquillement, elle occupe le temps et l’espace qui s’offrent à elle, en investit chaque recoin.

Ce soir, elle sera à Paris. Ce soir, tard… Ce soir, sans doute…

 

Guylaine de Fenoyl

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Published by Léonie Colin
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Alain Emery 01/05/2010 07:24


Faire naître en si peu de mots une émotion, une atmosphère, ce n'est pas donné à tout le monde. Dans un tout autre registre, j'ai lu de vous Accident de parcours: un texte d'une grande maîtrise.
N'arrêtez pas. S'il vous plait...


Maryline 30/04/2010 13:25


Il y a des jours où l'on voudrait retenir le temps qui passe et faire des infidélités à la vie...Madame Nostalgie


Léonie Colin 27/04/2010 11:10


Ce ne serait pas dommage, c'est juste HORS DE QUESTION, compris ?


EmmaBovary 27/04/2010 10:50


Découverte de ce texte ce matin. Un texte qui fait du bien, beau et simple. Tu vois Guylou, ce serait dommage que tu arrêtes d'écrire... Il suffit de passer ce cap là pour filer vers un nouvel
horizon!


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