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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 19:40

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Gueux.jpg                          

 

                                    « Le gris, c’est son rose à lui »

 

Les Gueux c’est une emprise SNCF, un de ces lieux qu’on aperçoit du train et qui nous laissent deviner une présence. Un présence humaine, très humaine en l’occurrence, deux femmes et quatre hommes qui s’accrochent, qui partagent,  et qui se protègent mutuellement. Chacun a  ses failles, ses penchants, ses faiblesses mais ça marche dans l’ensemble. Tout irait correctement avec les aléas des uns et des autres et une forme d’entraide raisonnée si  on ne trouvait pas deux cadavres féminins sous la voie ferrée près des Gueux. Comme le rappel d’une autre mort il y a longtemps, une femme, au même endroit. Et ça aurait peut-être à voir avec les occupants des Gueux: le Luigi n'a pas l'air à l'aise, Môme, avec sa mémoire à trous on ne sait pas ce qu'elle pense, Capo en sait beaucoup mais ne dit rien, Krishna semble planer et Bocuse vaque à ses activités d'intendance. Boop, on ne sait pas, elle essaie de savoir des choses mais elle n'est pas claire-claire. Personne ne moufte, on sent qu' il ya un loup.


Un court chapitre après l’autre, Hervé Sard ouvre des boîtes et déplie l’histoire, il finit même par ouvrir un caddie qui semblait là par hasard : on ne va pas tout droit où on pensait arriver. Jusqu’au bout, il nous fait tourner les pages et nous surprend, pas le temps de se laisser aller après un rebondissement : l’intrigue repart, portée par des personnages attachants sans mièvrerie, on sent que l’auteur les fréquente assidûment et doit travailler longuement du chapeau. Pas de désinvolture moqueuse à l’égard des protagonistes de l’histoire, chacun est considéré avec une attention objective, pas de caricature, pas de laisser-aller.

 

 Ce qui est bien dans ce roman, c’est qu’on est loin des clichés : tous les clochards ne picolent pas, tous les flics ne sont pas des machos, les criminels ne sont pas ceux qu’on croit et les personnages les plus décisifs ne se repèrent pas du premier coup. Ni du deuxième.

Chacun des courts chapitres est titré de manière savoureuse : « Les morts n’ont pas d’humour… Du Bon Dieu ou du Père Noël on sait bien de qui viennent les cadeaux… Il y a des gens parfois, on se demande s’il y a quelqu’un dedans… », c’est goûteux, ça me rappelle Coluche et Audiart (Michel). Certains dialogues sont également délectables (- Un philosophe ça ne voyage pas en première classe comme on en voit maintenant, ça voyage en pensée et ça fait voyager les autres… )

 

Un roman à lire pour toutes ces raisons et aussi pour le regard posé sur ceux qui vivent aux marges, le courage et la dignité cachés, la survie tête haute de ceux qui ne comptent pas. Aux éditions Krakoen, 292 pages,11€.

 

http://krakoen.net./

 

http://hervesard.blogspot.com/

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Published by Léonie Colin
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commentaires

dominique Guérin 21/02/2012 19:31

moi aussi, je suis très tentée et je pense que dans mon budget été je vais le programmer. Tu as la plume convaincante ^_^ et j'aime les polars qui sortent de l'ordinaire. Je te fais confiance alors
(forcément je trie dans les parutions, j'ai pas d'euros pour tout le monde... lol)

SYLVETTE 06/02/2012 13:53

Bonne idée, je connais quelqu'un qui l'a ;)

EmmaBovary 06/02/2012 13:47

Cette critique donne encore plus envie de lire le livre!

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