Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 avril 2010 1 05 /04 /avril /2010 16:09

 

1193903558

Quand j’étais gamin, c’est ainsi que j’appelais le libraire de mon village. Le monsieur des livres. C’était un véritable apothicaire, avec des patiences de vieux garçon et une façon de tenir les livres que je n’ai retrouvé chez personne. Il les tenait par la tranche, avec douceur, comme s’il manipulait des fioles de poison…

J’en ai trouvé un qui lui ressemble et qui tient commerce au creux des reins d’une ville fortifiée. C’est le dos à la mer qu’il officie, celui-ci. Il règne sur un fourbi considérable. Je lui rends visite chaque fois que je le peux et s’il ne me salue que du bout des lèvres, c’est parce qu’il est tout à sa besogne. Il met la dernière main à son dédale de livres…

Chez lui, j’entre toujours sur la pointe des pieds. Comme on pénètre pour la première fois dans la grande salle de bal d’un vieux transatlantique. Je ne marche pas dans les allées, je foule des tapis rouges. Au bord desquels, un brin solennels, palabrent mes vieux amis. Giono, Faulkner, Vautrin, Magnan et j’en oublie…


Ce libraire le sait, j’aime les livres et leur père. Je crois même qu’il a deviné depuis bien longtemps ce que je cherche en eux. Quelque chose comme de l’immensité. Une volonté de laisser autant de place au rêve qu’à l’espoir. Un cri qui me réponde en écho. Ce n’est pas facile à trouver. Mais ce libraire à bésicles est un pécheur d’émeraudes…

Tout au long de ma visite, il reste en retrait, à quelques pas en arrière du plaisir que je prends. C’est le signe des gens bienveillants. Je sens bien qu’il s’amuse de ma gourmandise mais c’est avec la même indulgence qu’il me conduit d’un trésor à l’autre, avec le même élan qu’il me confie ses trouvailles. À ses côtés, je suis tel un enfant qu’on autoriserait soudain à goûter toutes les confitures qu’il désire. Je me régale…

 

Par les temps qui courent, ces gens-là sont précieux. Autant pour le plaisir qu’ils donnent que pour celui qu’ils prennent. C’est le seul vrai secret du monsieur des livres. Celui du partage…

 

 

Glaises et fusains, III.

 

Alain Emery

Partager cet article

Repost 0
Published by Léonie Colin
commenter cet article

commentaires

SYLVETTE 02/10/2011 14:29


ce billet est d'Alain Emery, auteur de Gibiers de potence et directeur du salOn du livre de Jugon les Lacs,le 22 octobre procain à Jugon les lacs.


Jeneen 01/10/2011 23:27


Je l'ai rencontré cet après-midi, ce libraire comme on n'en fait plus. Un délice, une belle parenthèse dans cette journée, des anecdotes savoureuses, des explications précieuses. Nous cherchions
Alain Bailhache, nous avons trouvé un drôle de bonhomme qui nous a enthousiasmés. Une visite que nous allons renouveler très souvent désormais...Bel article que le vôtre, qui sonne très juste, on
s'y croirait. Bonne soirée.


Léonie/ 07/04/2010 20:48


Mais quel dommage, tant de livres et de moins en moins de librairies!Henry dit qu'il a été surpris par le succès de son rayon petite édition, il y a un public pour ça et ce n'est pas dans les
Halles aux Cultures qu'on va les trouver.
Enfin, je crois, parce que je n'y vais pas. Je trouve les piles de bouquins parfois déprimantes à côté des piles de DVD, des piles de trucs et de machins, qu'on se dit qu'on n'a qu'une vie et que
tout ce bazar ne nous concerne pas...


Parisianne 07/04/2010 20:17


Voilà un salon fort bien fréquenté ! Je ne regrette pas d'avoir poussé la porte !
Plus de vrai libraire par chez moi non plus.


Léonie Colin 06/04/2010 14:26


Je le savais, c'était "just for fun"


Profil

  • Léonie Colin

M'écrire

sylvetteheurtel@aol.com

Recherche