Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 15:26
  19300_43941.jpg

Bernard se tient comme à la parade, comme dans les manifestations où il serre ton bras sous le sien. Son corps résiste, il redresse les épaules mais la défaite est sur  son visage. Son écharpe rouge détone sous les fenêtres à meneaux, les lunettes recroquevillées  au bout du cordon noir comme un pathétique insecte tempèrent l’éclat guerrier du lainage. Ses mains triturent  la casquette qu’il a enlevée pour toi découvrant son crâne clair sous les stries clairsemées de ses cheveux. La lutte finale en a un coup dans l’aile, Bernard vend encore le journal au marché le dimanche, je le croise quelquefois ; ces jours là on s’embrasse, je fais l’appoint dans sa main légèrement tremblante et je glisse le paquet plat au parfum d’encre dans mon sac. Combien de kilomètres de pavés avez-vous battus, l’un contre l’autre ? Marchant du même pas tranquille et résolu, le regard droit, bardés  des mêmes convictions. Chaque fois que je vous ai vus ensemble, je me suis sentie exclue sans savoir ce qui vous lie vraiment. Il ne vient pas à la maison, lui non plus. Il n’y est sans doute jamais venu, vous n’avez partagé que la rue et les réunions publiques, j’en suis certaine. Vous avez seulement milité toi et lui, toujours entourés de camarades, de copains, de collègues, je ne vous imagine même pas seuls autour d’un café (...)

(De mère méconnue)


source de l'image

Partager cet article

Repost 0
Published by Léonie Colin
commenter cet article

commentaires

Léonie/ Marisol/ Sylvette 18/12/2009 18:52


Merci Laurence de me souhaiter la bienvenue chez moi, ça fait plaisir:)Tu as raison, je vais poster des textes de nouveau, mais envoyez les vôtres, ils sont les bienvenus!
Emma c'est ce que j'ai souvent ressenti face à des militants , entre agacement et attendrissement ... entre respect de l'engagement et colère envers l'aveuglement...


EmmaBovary 18/12/2009 18:11


En lisant ce texte, je pense à mon père, à mes grands-parents et à Saint-Nazaire... Et aussi aux types qui me gonflaient en essayant de me vendre l'Huma ou de me refiler des autocollants dans les
manifs étudiantes. Même si je peux comprendre, ça m'énervait, on n'était pas là pour ça...


laurenceM 18/12/2009 17:58


Une belle complicité dans la lutte, à peine patinée par les années. ça fait plaisir de lire du Marisol, sur le blog de Marisol ! Tu laisses la part belle aux autres, c'est généreux, mais on est
ravis de te lire de temps en temps !


Profil

  • Léonie Colin

M'écrire

sylvetteheurtel@aol.com

Recherche