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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 00:25

fen-tres 2934

 

 

-Vous êtes arrivé à destination

La voix synthétique du Guidage Par Satellite confirme une dernière fois sa position.

Le conducteur se gare le long de la haie, les graviers blancs crissent sous ses pneus, il coupe le contact et détaille l’entrée avant de sortir de voiture.

La pancarte de la chambre d’hôtes disparaît sous le chèvrefeuille en fleurs, échevelé et charmant comme le reste du jardin. La  façade de pierres claires, les volets de bois orangé, la double porte d’entrée ouverte, tout semble vouloir l’attirer dans ce lieu inconnu et  familier. Il a l’impression d’avoir vécu ici, d’avoir foulé ces allées accueillantes dans son enfance. Il sait que ça n’est pas le cas, mais il aurait drôlement aimé cela.

L’apparition qui se matérialise sur l’allée confirme son impression, c’est LA grand-mère, celle que personne n’a jamais eue mais que chacun reconnaît au premier coup d’œil : joues roses, petites lunettes d’or derrières lesquelles brillent des yeux turquoise, cheveux gris épais remontés en chignon, sourire ravissant et voix flûtée.

Vous êtes M.W., entrez-donc, je vais vous montrer votre chambre…

Malgré son costume sombre, sa calvitie et sa cravate de soie le visiteur se sent petit garçon, il lui vient des envies de goûter, pain chocolat ou confiture. Son ordinateur au bout d’un bras, sa sacoche de l’autre côté, il suit le châle à fleurs et le parfum de camomille de son hôtesse.

 

Proposition d'Etienne:

Elle était là… elle m’attendait impatiemment je crois.
A mon approche, au crissement de mes pas sur le gravier, elle entrouvrait la porte et m’observait d’un regard de chat, un regard perçant.
En même temps que l’impression de satisfaction amusée qu’elle me donnait, je sentais une scrutation profonde, un vrillage de son regard qui me trépanait presque littéralement. Elle semblait, à cette distance, traverser mon crâne, lire dans mes pensées. Comment pouvait-elle savoir mon arrivée ? Quel secret instinct avait pu l’avertir ? Elle semblait presque amusée, ou satisfaite, et non pas effrayée. J’avais vraiment l’impression qu’elle m’espérait, que la victime se faisait complice de son bourreau, qu’elle était soulagée de mettre le terme à une longue attente, un long espoir… Elle semblait saisir le but de ma venue, et s’en satisfaire. Etre même heureuse de savoir, depuis son premier regard, que dans un moment tout serait fini.
Elle entra, devant moi, à reculons, l’air aguichant, mais ce n’était pas au désir qu’elle m’encourageait, mais vers l’accomplissement de ma tâche exterminatrice. Arrivée à l’intérieur, elle se tint droite, comme prête et préparée à ce qui l’attendait, et soulagée que ce moment fut venu. Elle n’opposa aucune résistance à la pression de mes pouces, ne se débattit point, et sembla même sourire, en lâchant son dernier soupir.

 


Proposition de Danielle:

Elle grimpe d’un pas alerte de jeune fille, sans un bruit, le vieil escalier de bois qui conduit au premier étage. Les marches fraîchement cirées grincent sous les chaussures vernies de l’homme élégant qui se sent tout à coup ridicule et a hâte de passer un pantalon de toile, une chemisette et des espadrilles. Il aurait d’ailleurs été plus à l’aise dans cette tenue pour voyager. Mais l’habitude, n’est-ce pas… PC portable, costume-cravate, comme pour aller au bureau chaque matin.
S’il est venu ici pourtant, c’est pour échapper au tourbillon du quotidien. On l’a tellement propulsé sur le devant de la scène ces derniers temps qu’il n’avait qu’une envie : sombrer dans l’anonymat, réfléchir, faire le point. Il avait même songé à une retraite dans un monastère avant de tomber sur la petite annonce dans un journal gratuit distribué au marché de Chantilly.
« Fatigué ? Ressourcez-vous dans la quiétude des chambres d’hôtes de Mamie Joly. » La voix chaude qui l’avait renseigné au téléphone avait achevé de le convaincre. Flo n’avait pas compris, l’avait traité de fou et filé dans leur villa de Chamonix où elle paraderait comme chaque été au milieu de leur cercle d’amis fortunés.
« Vous voilà chez vous, M. Woerth. La chambre vous plaira, j’en suis sûre. »

...

Proposition de Sylvette:
Deux semaines plus tard, chemises blanches et pantalons noirs malgré la chaleur, deux hommes sont assis sur des lits jumeaux défaits, la  chambre est tapissée de roses. Le soleil du matin éclaire la scène avec douceur à travers les rideaux plissés et fleuris, le chant matinal des oiseaux monte du jardin. Un des hommes ferme la fenêtre, et se rassoit, il compose un numéro sur son portable et parle à mi-voix en entourant le téléphone de sa main en coque.

- Allo , chef, on l'a trouvé. On a essayé de vous appeler hier mais ça ne passait pas, on est au milieu de nulle part ici. Pouvez les prévenir à Paris: il est logé, on l'a à l'oeil.

-...

-Non, il nous a pas identifiés, nous on l'a à peine reconnu, si on n'avait pas vu les journaux ces derniers temps...Il a l'air bizarre. Bon d'accord, on ne le lâche pas. On vous tient au courant.

Il éteint l'appareil, le glisse dans sa poche et se tourne vers son compagnon -On descend déjeuner, ils alertent la préfecture, on reste en contact.

La salle à manger est lumineuse, installée dans une véranda fleurie elle respire la paix. Les deux hommes en noir semblent déplacés dans cette atmosphère:

- Soyez les bienvenus, vous avez bien dormis?

La voix les fait sursauter, il se tournent et fixent l'homme en bermuda et sandales qui les accueille, le sourire aux lèvres, un tablier imprimé proclamant "Le chef fait ce qu'il peut " sur le ventre. Il poursuit -Voulez-vous du thé ou du café? Voici votre table: pain et brioche, confitures maisons, installez-vous!

Une voix frêle et harmonieuse vient de la cuisine -Installez-vous messieurs, M'amour, voudrais-tu brancher le grille-pain?

- C'est fait ma chérie, ne t'inquiète pas.

Le duo en noir fixe l'homme qui virevolte entre la desserte et la table, chantonne en arrangeant les serviettes, pose les couverts avec assurance sur la nappe brodée. Les bords effrangés de son bermuda, son T shirt de sport, le tablier de farces et attrapes, rien ne correspond à ce qu'ils attendaient - Asseyez-vous Messieurs, le café arrive.

La maîtresse de maison, une sorte de super-mamie Nova à châle rose, arrive avec le plateau qu'il lui retire doucement des mains en souriant -Laisse-moi faire ça, ma chérie.

Les deux policiers regardent ailleurs, l'air gêné. Les toutereaux finissent de les servir et s'éclipsent dans la cuisine où ils les entendent rire, et les soupçonnent de s'embrasser.

- T'as vu ça, qu'est-ce qu'on va dire? On a l'air de quoi?

- Ben on va dire la vérité: il est dans une chambre d'hôte en pleine campagne et il roucoule avec une grand-mère.

-Non mais attends, tu te rends compte des moyens mobilisés pour le retrouver? Il est quand même ministre! Toute la France se demande ce qu'il est devenu, le chef croyait qu'on était tombé dans une embuscade, on pensait avoir faire au grand banditisme. Et il est là en train de nous faire griller des toasts...

-Bon l'essentiel c'est de l'avoir trouvé. On ne racontera pas les détails aux collègues, ils risquent de se payer notre tête.


La suite de Danielle:

—           Aux collègues peut-être pas. Mais je connais un journaliste qui serait prêt à nous allonger un bon paquet de billets si on lui filait quelques informations.

—           T’es malade, le chef saurait tout de suite d’où viennent les fuites et on se retrouverait à la circulation, ou suspendus.

—           Tu vois toujours le pire, mon pauvre Dédé. Du côté de mon pote, ça serait motus et bouche cousue. Un journaleux, ça dévoile pas ses sources. Et qu’est-ce qui nous empêcherait de laisser supposer qu’il y avait des gens, disons, curieux , en même temps que nous dans cette auberge et que ce serait eux qui auraient cafté. Ils en sont pas à un mensonge près, là-haut (tu vois ce que je veux dire), alors pourquoi pas nous… Et la rumeur, mon vieux ; la rumeur : on sait jamais d’où elle part, la rumeur, hein ?

—           Ma foi, s’il y a un peu de fric à se faire…

—                Attends, j’ai trouvé mieux : si on prenait quelques photos en douce du ministre avec son tablier imprimé « Par ici la bonne soupe ! » main dans la main avec sa vieille sur le retour et qu’on les colle sur Internet ? Tu vois, tu te marres déjà !

—           Je me marre parce que je me demande bien comment tu ferais pour  coller tes photos sur le net, vu que t’as jamais su te servir d’un ordinateur.

—           Oh ! ça va ! C’est pas de ma faute si j’ai rien pigé au stage, toi non plus d’ailleurs. C’est Marcel qui tape tes rapports et tu le paies en litres de pastis. Mais mes neveux, imbattables, je te garantis qu’ils feraient ça comme des pros. Vachement intelligents, on les appelle les Bogdanov dans la famille. Tu imagines : une superbe photo du binoclard roulant un patin à la mémé au châle, ou en train de lui mettre la main au banier – mince, j’ai chopé un rhube, la campagne ça me vaut rien – avec comme sous-titre : « Ricou et sa nouvelle conquête »ou « les feux de l’amour ». Mon vieux, une affaire menée de main de maistre ! La France se tordra de rire.

 

Proposition d'Elisabeth

 A force de s'entendre appeler Eric par des inconnus, Patrick se posait des questions: au chômage depuis plusieurs mois, il avait perdu beaucoup de ses biens...et de ses connaissances. Mais un soir,devant la télévision, il comprit ce qui lui arrivait: sur l'écran, il se reconnut trait pour trait: C'était un membre très important du gouvernement qui parlait, très satisfait de lui-même: comme lui au temps de sa splendeur...
 Il se rappela l'agence devant laquelle il était passé la veille, et l'affichette qui avait attiré son regard: on recrutait des "Sosies" de personnalités célèbres. Il était promis "des salaires motivants " aux heureux élus.
  Lorsqu'il poussa la porte de l'agence, il fut reçu à bras ouverts. Justement, on était à la recherche d'un"remplaçant "pour mr.W. Très vite,il dut signer un engagement à être discret, et à ne rien révéler de ce qu'il pourrait apprendre au cours de ses missions.
 Il comprit à demi-mot que, Mr. W. ayant disparu, on essayait de cacher l'évènement au plus grand nombre, et qu'il lui faudrait, du moins en apparence, sauver la réforme entreprise, réforme qui allait l'enfoncer davantage dans l'exclusion. 

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Published by Léonie Colin
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commentaires

Elisabeth 08/10/2010 10:12


Lignes
Elle se demande si on va"le"retrouver, maintenant que le port du Légué a été vidé.Il faut dire qu'elle en avait assez!
Assez de cet engin devenu pour elle un instrument de torture! Des cauchemars qui la poursuivaient chaque semaine, au moment de l'utiliser, elle culpabilisait à mort.A tous les repas,elle se
représentait le cadran, l'aiguille qui oscillait avant de se fixer:autour de 70? plus près de 60?
Un jour, excédée, elle l'a engouffré dans son cabas, s'est dirigée vers le Pont de pierre,elle a balancé dans le Gouêt son tortionnaire et ses cauchemars.Et est repartie allégée, soulagée.
A partir de ce moment, elle constata que ses vêtements semblèrent s'élargir légèrement.
Elle n'atteindrait sans doute jamais la ligne haricot vert, mais se contenterait de la ligne coco paimpolais.


Léonie Colin 08/10/2010 10:19



De fil en aiguille la lampe et le stylo de Tonina ont entraîné la balance d'Elisabeth...



annick.demouzon 06/10/2010 13:18


OK, on va y songer.


sylvette 05/10/2010 19:42


Je travaille et je relis mon prochain recueil, envoyez moi des textes pour le blog les filles, je suis débordée...


annick.demouzon 05/10/2010 18:54


D'accord avec Laurence M : Tu dors, Léonie? C'est l'automne qui t'engourdi? ou il y a trop à faire au four et au moulin, et sur les routes de France et c'est quand la Saint Glin glin, pour que tu
te remettes au turbin?
Le 1er Novembre, fête de tous les saints?


sylvette 28/09/2010 17:10


Excellent!


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