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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 11:02

Un trèfle de lumière sur un mur fissuré…


J'ai acheté des murs.

Pour nous. Pour donner un lieu à un bonheur qui a lieu. Pour rassurer ma petite inquiète. Pour l'ancrer.

Des murs de granit qui enserrent un jardin ombreux, de hauts murs où le lierre insolent  étale son attachement. Une cité d'oiseaux, une ville de nids. Pour ma petite errante, j'ai acheté un empire de murs.

Elle y fera régner son sourire, elle y fera naitre des hirondelles.

Assise dans le foin, elle contemple la maison d'un air ravi, une lueur incrédule au fond des yeux. La lumière est dorée, il y a dans l'air la magie de fées bienveillantes, la douceur d'un été finissant, d'un amour débutant.

Elle regarde cette maison  − à elle ! − qui n'existe pas,  mais qu'elle voit : les fenêtres qui viendront s'ajuster aux ouvertures béantes, les chemins qu'elle tracera dans ce jardin-friche.

Elle habille en pensée  cette carcasse de maison, tapisseries, voilages, rideaux, elle distribue l'espace, elle fait des plans innombrables, et je la regarde, ma petite souris furtive qui s'installe dans son rêve, et je déborde d'amour.  Comme je lui suis reconnaissant de me permettre de la combler avec ce peu : une vieille maison en ruine qui a mangé mes quatre sous !


Elle furète, explore et s'extasie : " et les murs, tu as vu l'épaisseur des murs ? !"

Soixante centimètres de pierres suffisent à lui donner la richesse ; soixante centimètres et rien d'autre : le sol est de terre battu, les portes de planches, le toit délabré, j'ai acheté une ruine à ma princesse, et je suis heureux comme un roi.


− On va dormir ici, hein ?

On a fait notre lit de foin à l'étage, et dormi greffés l'un à l'autre.


Une hirondelle salue le jour d'un murmure éclatant. J'ouvre les yeux sur mon bonheur. Ma petite enfant dort encore et me sourit déjà.

Il est cinq heures. A travers le toit troué, un rayon pose une tache de lumière sur la pierre nue, en face de moi. Une marée douce me submerge.

Le bonheur, ce n'est rien d'autre qu'un trèfle de lumière sur un mur fissuré.

Coline Dé

Source de l'image
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 11:37

Elle se rend tous les soirs au pied du mur. Elle arrive à l’heure où le soleil achève sa course, caresse de sa lumière ambrée le gris de la pierre. A l’heure où les villageois regagnent leur logis, pour se fondre dans l’intimité du foyer, le crépitement des conversations. Chiara se laisse glisser le long du mur, s’accroupit dans la poussière, à l’abri des regards et du souffle du vent. Drapée dans le silence et dans son grand châle noir, la jeune femme colle son oreille contre la pierre tiède, écoute le murmure du passé. Elle ferme les yeux. Ses doigts effleurent les aspérités du mur, dessinent à tâtons le chemin qui la mène jusqu’à lui. Elle aime revivre en songe la plénitude de leur amour. Elle s’accroche de toutes ses forces à la paroi minérale et à ces lambeaux de vie à deux. Matteo s’en est allé, léguant à la jeune Calabraise le chuchotement des souvenirs, quelques notes éphémères que le vent du soir disperse. Elle aime cet endroit. Le mur la protège, lui sert de rempart contre les assauts du chagrin. La vie sans Matteo n’est qu’un vaste champ de ruines. Chiara survit parmi les éboulis. Le long du jour, le mur capture la chaleur, pour la diffuser le soir venu, la répandre comme une source chaude. Ici Chiara se noie dans le passé. Elle entre en communion avec Matteo quelques instants, dérobés aux ténèbres de la solitude. Elle revoit son regard de braise. Elle sent son souffle incandescent. Elle écoute le murmure de son amour. Elle se souvient des promesses et du velours de sa voix. Elle se souvient des caresses et du velouté de ses doigts. Mais les effluves du passé sont fugaces, ils s’évaporent, comme des nuages dans le ciel dépouillé. Le temps estompe les couleurs, éparpille les odeurs, efface les mots. Matteo est parti. Rien ne laissait présager son départ (…)

Laurence Marconi
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 10:00

Mur muré

Je me souviens d’un mur qui nous a rapprochés. Tu n’étais mon aîné que de six ans alors qu’une génération séparait nos parents. Tu veillais sur moi comme sur ta petite sœur qui ne naîtrait jamais, quand je venais chez mon arrière grand-mère, qui était ta grand-mère. Un mur léger recouvert d’un fouillis de fleurs et d’oiseaux des champs séparait nos chambres et, nous dormions tête à tête pour partager nos rêves. J’étais petite, j’avais peur, alors ta voix dans un murmure, de l’autre côté de la cloison, me berçait d’histoires merveilleuses et, quand de bon matin, les cloches à toute volée nous réveillaient, nous avions parcourus les mêmes chemins de songes. Plus tard, ce sont nos confidences que notre mur a protégées. J’entrais dans l’adolescence, tu te croyais un homme et nous partagions des secrets d’enfants. Parler à cœur ouvert était facile sous couvert de la cloison qui nous unissait en nous séparant.

Notre mur s’est effondré sur mon premier drame pour laisser place à un caveau béant, sourd à tous mes chuchotements, dont le linceul de fleurs blanches éteignait brutalement les couleurs chantantes de notre imagination. Personne n’a plus partagé les arcanes de mes pensées. Nos rêves se sont tus sur une route du bocage qui a élevé entre nous un mur de silence.

Anne Lurois
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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 09:20

Appuyé contre  ce mur, la jetée de l'avant-port, vous posez en jeune homme d'après la guerre, tourné vers l'Amérique, les voitures, le progrès triomphant. Le granit orangé du môle n'a pas changé et je me rappelle notre dernière traversée.
La brume noyait les rochers roses quand nous avons quitté le port, ce matin-là . Vous à la barre et moi à l’avant pour chercher des yeux les balises , c’était avant l’électronique. Un mois plus tard, le bateau serait vendu  , nous le savions tous deux ,  chacun de nos gestes le disait. Portés par le tempo du moteur, nous avons traversé deux heures de gris, mer et ciel mélangés à l’estompe .  Quand le rideau s’est levé brusquement, le phare des Héaux nous faisait signe, encore loin mais déjà si grand. Vous êtes descendu  préparer  un peu d’anis jaune brouillé d’un doigt d’eau, et vous vous êtes posté sur le pont au pied du mât. Depuis la barre, je vous regardais fixer le phare et son cortège de roches, votre verre serré au creux du poing comme vous  faites toujours. Nous avons longé l’alignement des bouées aux noms étranges, vous vous teniez immobile, tourné vers les arêtes de granit griffées par les courants.
Un adieu, sans les mots et sans tristesse. Lorsque vous êtes revenu vers le cockpit, vous m’avez dit : 
-  Tu as vu comme ils nous ont regardé partir sur le mouillage ? Ils se disaient voilà un vieux qui s’est trouvé une petite . 
J’avais vu. Nous avons ri.
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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 20:35


Evlin H. nous a laissés au moment où elle soulevait le papier peint de sa chambre d'enfant (...)

Un soir, d’un geste rapide et précis, je décollai un peu plus le morceau de papier qui déjà s’effilochait. Quel ne fut pas mon étonnement de découvrir, soigneusement collés l’un sur l’autre, non pas un, mais trois autres papier peints, tous remplis de personnages, de fleurs multicolores et d’oiseaux de paradis; un trésor d’aventures nouvelles se découvrait sous mes yeux enchantés.

Les oiseaux avaient ma préférence avec leurs ramages multicolores qui flamboyaient de tous leurs feux. Ils étaient le signe d’autres mondes dont j’avais entrevu l’existence en feuilletant la collection de timbres de mon père.

J’habitais un monde sans couleur où le noir des robes de deuil se mélangeait aux blancs des langes des  nouveaux nés. Un univers sortant de guerre est un cimetière qu’on visite chaque jour. Le mien n’y échappait pas.

Et ces oiseaux multicolores, jaillis de nulle part, furent, pour moi, comme le furent plus tard les tableaux de Magritte, une révélation. J’y puisais tout un avenir fait de couleur et de voyages.

 

Evlin H._ Juillet 2009 
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 17:33
Folie ordinaire

Il est là, gris, triste et menaçant. C’est idiot ! Un mur est un objet inanimé. Il ne saurait être triste, ni menaçant. Tout juste s’il est d’une couleur indéfinissable. Gris sale. C’est la vérité pourtant : il est là, massif, inébranlable. Impossible de l’oublier. Même en fermant les yeux je le vois encore. Je ne peux qu’imaginer ce qu’il y a derrière. Des hommes, des femmes, des enfants. La vie quoi. Il est là, insensible à ma peine, insensible à ma détresse. Il barre l’horizon d’une ligne de douleur et donne à mon futur un parfum de béton. Le franchir signifierait renouer avec la vie. La vraie… Mais comment faire ? Ceux qui l’ont tenté ont entendu les sourdes détonations et senti dans leurs chairs le mordant du métal. Alors je m’évade par la pensée. Rêver c’est résister. Je rêve de la femme qui m’attend de l’autre côté. Je rêve de sa main sur ma nuque, des ses lèvres sur mes lèvres. Je rêve d’un enfant qui me tend les bras en riant. Hélas, quand ce mur sera derrière moi la femme n’embrassera plus et l’enfant aura depuis longtemps perdu le goût du rire. D’ailleurs personne ne m’attend de l’autre côté. Qui attendrait un monstre ? Un tueur de la pire espèce ? J’ai encore dans mes narines l’odeur excitante du sang. Pour moi tuer est davantage qu’un plaisir. Une jouissance. Un acte qui confine au sacré et me rend l’égal de Dieu. Alors qui attendrait un monstre ? Ce mur il me faut l’effacer. Il est une souillure dans le paysage, une tache sur une feuille vierge. À moi les grand espaces, les campagnes verdoyantes et l’océan infini. Jamais plus mon regard ne butera sur la froideur glacée du béton. Jamais plus ! Le temps de vérifier une dernière fois la solidité de la corde et je me jette pour le grand saut. J’effacerai les murs pour l’éternité. Tous les murs…

Pierre Mangin Juillet 2009
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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 07:46


Chasse à courre


Lorsque, petite fille, j’accompagnais ma mère, le jeudi après-midi, chez son amie madame Benoît, je ne pouvais m’empêcher de marquer un temps d’arrêt devant le papier peint du hall d’entrée. Il me fascinait et m’effrayait à la fois.  Des cavaliers en redingotes rouges et bottes noires avaient pris possession de l’espace. Bien droits sur leurs montures, cravaches au vent, ils poursuivaient qui une biche apeurée, qui un cerf aux abois. Des chiens, ventre à terre, gueule béante, les accompagnaient dans leur expédition sanguinaire. La répétition de ces scènes sur toute la longueur du vaste couloir me donnait la chair de poule. Comment la brave dame  toute en rondeurs  et en gentillesse pouvait se satisfaire de ce sinistre décor demeurait pour moi un mystère. Je finissais par conclure que le père Benoît,  bonhomme peu amène, sans doute chasseur, avait imposé à sa pauvre épouse cette tapisserie de mauvais goût.  Ma mère me rappelait à l’ordre : « Ne reste pas dans le couloir, voyons ! »

Un goût de sang dans la bouche, j’entrais dans la cuisine qui embaumait le pur arabica qu’allaient déguster ces dames. Je m’installais devant un verre de limonade et bientôt c’était le parfum de la tarte Tatin que madame Benoît sortait du four qui me chatouillait les papilles et me faisait oublier la cruelle chasse à courre.

Danielle Akakpo
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 07:01


Au début ce n’était qu’une fine lézarde aux contours indécis, perdue au milieu des dessins de la toile de Jouy qui ornait les murs de ma chambre ; la probable griffure d’un chat de passage que mes ongles agrandissaient, soir après soir, avant de m’endormir.

Pourtant, très vite, les personnages figurant sur la toile, ne suffirent plus à mon endormissement ; j’en avais cerné tous les caractères, exploré toutes les scénographies. Il me fallait autre chose.

Un soir, d’un geste rapide et précis, je décollai un peu plus le morceau de papier qui déjà s’effilochait. Quel ne fut pas mon étonnement de découvrir, soigneusement collés l’un sur l’autre, non pas un, mais trois autres papier peints, tous remplis de personnages, de fleurs multicolores et d’oiseaux de paradis; un trésor d’aventures nouvelles se découvrait sous mes yeux enchantés.

Evlin H.          Juin 2009 
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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 07:42


L’homme qui pense


 

L’homme cesse de balayer et lève la tête. La penche un instant et tente de comprendre l’étrange œuvre d’art qui érode le mur, année après année. Trop compliquée pour lui, de toute façon. Et puis il a du travail. C’est lui maintenant qui doit nettoyer tout ce bazar. Autant que possible. Il se baisse à nouveau, soulève le seau, éclabousse le sol. L’eau savonneuse n’y fera rien. Même la javel ne suffit pas. La tache s’assombrit de plus en plus, s’élargit avec le temps. L’homme sait que la tache restera toujours. Qu’elle forme déjà une croûte profonde et indélébile dans la terre, au pied du mur. Même si on ne comprend rien à l’art, on sent ces choses-là.

            Et finalement, comprendre l’art, rêver et philosopher, ça n’apporte rien de bon. Non. En tout cas pas ici. Cela ne mène nulle part, qu’à cet endroit sordide. A ce mur, sur lequel les opinions finissent écrabouillées dans un mélange de chair et de sang. L’homme se baisse encore et ramasse une à une les douilles encore chaudes. Il grimace. Son dos le fait souffrir. Pourquoi faut-il tant de balles pour fusiller un homme qui pense ?

Valérie Allam
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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 08:01

L’autre côté

Je n’ai pas oublié ce pan de mur à demi éventré dont les flancs – gonflés par les veines d’un lierre trois fois centenaire – menaçaient à tout moment de rompre. Il s’élevait dans le dos d’une aumônerie, à deux pas d’un chemin de ronde. Chaque soir, avec quelques-uns de mes camarades, je l’escaladais. Parvenu à son sommet, je voyais la ville me tendre les bras. En équilibre, le souffle tendu, je devinais, derrière les lumières lointaines, la vie palpitante, effrontée, celle dont je rêvais depuis toujours. Face à la nuit noire, j’étais comme un misérable plongeant pour la première fois ses mains nues dans un sac rempli de pièces d’or. Je n’avais qu’à sauter de l’autre côté pour devenir le sultan d’un royaume qui n’aurait pour frontière que le lever du jour.
Ce que j’ai vécu ne regarde personne.
Seul compte ce que je trouvais, chaque nuit, sur la crête moussue de ce vieux mur : une formidable envie de vivre, une fièvre arrachée à bout de bras dont je sentais plus que jamais la morsure au moment de rentrer au bercail.
Je n’enjambe plus les forteresses, de nos jours. Ce n’est pas si grave. Après tout, il y a tant d’autres moyens d’aller voir de l’autre côté...

Alain Emery

Encre de Victor Hugo, souvenir du bois de Bellevue, 1845
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