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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 07:24

De terrifiants papiers peints ont accompagné ma vie: dans des logements de fonction, des locations saisonnières, des lieux de passage occasionnels.  Aujourd'hui l'éradication des grands motifs marron , orange, verdâtres est en bonne voie ; quelques vestiges subsistent parfois oubliés dans des placards ou des recoins. En attendant que la mode nous les inflige à nouveau, un seul lieu résiste encore  et ses murs m'évoquent des années révolues.

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19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 07:42


Photo de groupe à marée montante

Cette photo en noir et blanc, défraichie par le temps, j’y tiens comme à ma prunelle, c’est la seule avec mes parents et leurs amis de l’atelier Suzon à Courbevoie, confection pour enfants. Une de ces petites usines qui ont disparu pendant la guerre, les patrons étaient juifs…Sur le cliché, l’instantané d’une époque heureuse, ils sont tous là : Lucien, Papa, Roger, Georgette, Irène et les autres. La plus belle au milieu, c’est Maman. Les hommes sont en caleçon et maillot de corps, les femmes sont encore plus couvertes… « On n’est ni des sauvages ni des nudistes, pour déambuler à poil sur la plage » aime à dire Irène.
Germaine, la petite rondouillarde au premier plan qui batifole dans l’eau avec des élégances d’otarie, est la spécialiste des machines à broder. Elle est également militante syndicale, et a la carte du PCF. Elle sera tuée, les armes à la main, dans les combats pour la libération de Paris en quarante-quatre.
Le gamin au bob blanc, c’est moi.

Eté mil neuf-cent trente-six, c’était la première fois qu’on voyait la mer.

 

Jean-Claude Touray
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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 08:44

La lettre

Ce jour-là, j’avais accompagné ma mère pour faire les courses. La première neige de la saison était tombée la nuit précédente, recouvrant le village d’un léger voile blanc. Chaudement vêtue, je tenais dans mes mains gantées « la » lettre, la fameuse « lettre au Père Noël ».  En qualité d’aînée des enfants, ma sœur et mon frère m’avaient chargée de la poster. A cette époque – je devais avoir sept ou huit ans – j’adorais poster le courrier. Souvent, la boite jaune était trop haute pour moi, et ma mère devait me soulever pour que j’atteigne la fente.  J’y glissai alors les enveloppes avec satisfaction. Je les tenais un instant, puis les lâchai brusquement, guettant le bruit mat de leur chute sur le fond métallique. Quelquefois, la boite était trop remplie et j’étais obligée de pousser un peu les autres lettres, pour que mon courrier puisse se frayer un chemin. On entendait alors un froissement de papier, je retirais ma main très vite, laissant claquer le rabat de la boite.                                          

Aujourd’hui était un jour particulièrement important : il ne s’agissait pas de n’importe quelle lettre, puisqu’elle contenait la précieuse liste de cadeaux que bientôt nous découvririons au pied du sapin. Ce fut donc avec toute la gravité qui convenait à cet instant solennel que j’introduisis ma lettre dans la boite.

Depuis quelques temps, je me posais des questions. Que devenaient celles-ci une fois qu’on les avait postées ? Par quel miracle arrivaient-elles à leurs destinataires ? Et le facteur, comment connaissait-il toutes les adresses ? Je demandai à ma mère :

—Dis, maman, tu crois qu’il va la recevoir la lettre, le Père

Noël ? Comment il va faire pour trouver notre maison ? Et s’il se trompe de cadeaux ? 

Ma mère avait pour seule et unique réponse : « Le Père Noël, il connaît tout et ne se trompe jamais. »

N’empêche que j’avais très peur qu’il ne reçoive pas mon courrier. Combien de temps ma lettre resterait-elle dans cette boite jaune ? Comment en sortirait-elle ? J’avais souvent contemplé les fils électriques bordant la rue, et j’avais alors pensé tenir la solution. Les lettres devaient passer par là et traverser tous les fils, pour rejoindre les autres villages. Mais ma copine Nicole, dont le père travaillait à la poste, avait dit :

—Et le facteur, alors, à quoi il sert ?

Le grand André, qui avait deux ans de plus que nous, s’était moqué :

—Peuh ! tu imagines une lettre, passant à l’intérieur d’un fil ?

Il faudrait qu’elle soit toute pliée pour y entrer ! 

—Et alors, peut-être qu’elle se déplie quand elle est arrivée ! 

Je ne voulais pas abandonner ma théorie et pour invraisemblable qu’elle puisse paraître, elle me séduisait. J’aimais à m’imaginer les petits bouts de papier transitant par ces longs fils sur lesquels les oiseaux se posaient. Ainsi, mes lettres traversaient le ciel pour s’envoler vers des horizons lointains, en un long voyage au bout duquel des gens les recevaient. De quelle nature était l’intervention humaine, je ne m’en souciais pas, je n’imaginais même pas qu’il pût y en avoir une. Sauf, peut-être, celle du facteur, qui devait réceptionner les lettres au bout de leur trajet, le long des poteaux, pour les distribuer ensuite. Pour moi, c’étaient les fils, les messagers qui apporteraient bientôt ma précieuse missive au Père Noël.

 

Ghislaine Maïmoun
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14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 21:17
Charles Trenet




LA FOLLE COMPLAINTE

Paroles et musique: Charles Trenet


Les jours de repassage,
Dans la maison qui dort,
La bonne n'est pas sage
Mais on la garde encore.
On l'a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire, se donnant de la joie.
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère a bien failli le mordre.
Il pleut sur les ardoises,
Il pleut sur la basse-cour,
Il pleut sur les framboises,
Il pleut sur mon amour.

Je me cache sous la table.
Le chat me griffe un peu.
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu.
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit.
Dormons dans ma chaumière.
Dormez, dormons sans bruit.

Berceau berçant des violes,
Un ange s'est caché
Dans le placard aux fioles
Où l'on me tient couché.
Remède pour le rhume,
Remède pour le coeur,
Remède pour la brume,
Remède pour le malheur.

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d'impatience
Deux jours avant Noël
Et, sans auc une méfiance,
Acceptent tout, pêle-mêle:
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d'acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d'Hélène
Par un beau soir d'été.

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil.
Il est tombé de la branche,
Le gentil écureuil.
Je n'ai pas aimé ma mère.
Je n'ai pas aimé mon sort.
Je n'ai pas aimé la guerre.
Je n'ai pas aimé la mort.
Je n'ai jamais su dire
Pourquoi j'étais distrait.

Je n'ai pas su sourire
A tel ou tel attrait.
J'étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non.
Mon âme s'est dissoute.
Poussière
était mon nom.


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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 07:19


Ma madeleine a la fraîcheur d’un torrent de montagne et la douceur d’un froissement de papier. Elle est inscrite en moi depuis qu’à l’âge de cinq ans, mes parents trop occupés par leur travail, m’ont envoyée passer l’été en Savoie. Tous les soirs, le chant de l’eau courant sous ma fenêtre se faisait l’écho de mes larmes d’enfant puis se muait en une douce berceuse alors que je posais ma tête sur un oreiller de papier. Je ne savais pas lire, mais chaque jour m’apportait une lettre à quatre mains dans laquelle, sur des cartes cueillies au long de l’année et cachées comme autant de trésors, des dessins et quelques lignes pleines de tendresse me racontaient leur amour. Chaque été pendant de nombreuses années, le rituel a été le même. J’ai tissé au fil des mots des rapports très étroits avec des parents trop occupés. Le murmure du torrent m’a offert, comme réconfort, le goût du silence des hommes lorsque la nature s’offre à moi. Et, je savoure toujours avec plaisir le chuchotement de l’enveloppe que l’on déchire pour voir danser sur quelques lignes toute la chaleur d’une pensée.


Anne Lurois
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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 09:44

                      

   Ma page blanche et ma mémoire offerte, j’écris pour toi et je m’oublie, je suis enseveli sous ta demande

                       C’est profond le sillon, c’est une plaie lointaine qui me vient d’un matin où le moineau blessé mourut dans notre cour et c’était le jour des moissons de blé

                       Et mon père a refermé les sacs avec des liens de force et de raphia, il enterra l’oiseau le soir dans le sillon. Tous mes poèmes sont dedans

                                       Marc Baron ( extrait de « Ma page blanche mon amour » inédit)

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4 juin 2009 4 04 /06 /juin /2009 07:38

Elle éponge  les traces d’eau sur l’évier de pierre , essuie les carreaux bleus et  finit d’arranger le plateau . Cafetière, sucrier , petite cuiller argentée , quatre biscuits à l’orange dans la coupelle de Saxe. Celle où Maman dressait quelques minces tuiles aux amandes . La fine bordure craquante et cuivrée , le centre jaune clair à peine cuit… l’ourlet de   porcelaine  sous la pulpe de ses doigts  ressuscite   leur douceur  fondante  et leur volatil parfum de dragée  . 

(...) Sans elle, qui saurait nommer les enfants apprêtés dans les cadres d’argent ? Les couples solennels , les hommes à lorgnon et les femmes à tournure ,  leur expression douloureuse échappée du corset serré ? Elle sait le nom de chaque bébé  à plat ventre sur une fourrure . Qui d’autre  saurait distinguer les services en Giens des grands-mères Schneider et  Pomiès ?  le linge  brodé de Tante Amélie ? les verres en cristal de la communion de Jean-Charles auxquels il manque deux flûtes depuis Noël soixante-trois et le faux pas de la cousine Lilette ? Les absents  l’accompagnent jour et nuit au long des murs tendus de soie passée , ils l’entourent et la retiennent de leur côté. Gardienne de leurs mémoires et garante de leurs objets : l’éclat de l’argenterie ,  l’intégrité des tapisseries, les trésors des armoires.
Naphtaline et santal, deux fois l’an elle glisse  des billes odorantes entre les piles de draps pliés par des disparues. Elle se rappelle les matinées des jours de linge ; Grand-Mère dans le fauteuil d’osier, Maman présidant la cérémonie et les jeunes filles maniant  les toiles. Son admiration d’enfant devant leur adresse et leur complicité , les effluves savonneux  du lin, la douceur brûlante  de la vapeur…Deux fois par mois  l’odeur de  tissu chauffé dans l’escalier et  , l’après-midi , les éclats de rire des lingères libérées des  patronnes . Comme elle aimait  se faufiler  pour  profiter de leurs bavardages. C’était le temps de la lenteur , de la certitude que rien n’allait changer (...)

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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 20:03
Ma madeleine antidépresseur

C’est une simple photo, grand modèle, posée sur ma table de chevet dans son cadre en bois blanc. Elle me fait un clin d’œil au réveil, au coucher et chaque fois que dans la journée mes pas me conduisent jusqu’à ma chambre. Deux adolescentes, debout, épaule contre épaule devant le Palais des Papes. Mêmes silhouettes élancées, mêmes têtes brunes et bouclées, mêmes regards mutins ! Souvenir précieux d’une époque où, en été, nous nous échappions à trois, le quatrième larron ne pouvant se libérer, et où nous fut donnée l’occasion de tisser les liens d’une vraie complicité. Nous étions trois ados en goguette et maman poule oubliait son âge, ses angoisses, se laissait guider, stimuler, bousculer par les poulettes qui bâtissaient le programme des réjouissances : excursions, visites de musées, de monuments, journée shopping… Fous-rires de gamines, soirées propices aux confidences. Elle s’est installée définitivement cette belle complicité, elle perdure dans nos échanges au téléphone, lors de leurs visites trop rares maintenant que la vie a éloigné les filles de la maison. Les sourires éclatants que je prends en plein cœur chaque fois que mon œil rencontre la photo rendent plus douce leur absence. Et lorsque le moral flanche, ils ont le même effet qu’un « Allez, maman, secoue tes plumes, viens faire un tour, ça ira mieux ! » Mais qu’est-ce que je raconte ? Voilà pas mal de temps qu’une autre photo a rejoint celle-ci, celle d’un petit bonhomme dont la tête blonde apparaît à la fenêtre d’une cabane de jardin. Il me décoche un sourire coquin qui me fait murmurer : « Que c’est beau la vie ! » Vous pardonnerez bien à une grand-mère d’avoir deux madeleines?

Danielle Akakpo
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29 mai 2009 5 29 /05 /mai /2009 23:33

Juste un minuscule bonheur à partager…

Quand on n’est pas plus haut que trois pommes, on aime les fruits dont on ignore encore qu’ils sont défendus. Mais est-ce vraiment pécher de croquer une biscotte qui craque sous la dent ?  

Les lèvres se referment sur la friable texture et la fine couche de beurre demi-sel se mêle à la saveur onctueuse d’une confiture de fraises ou mieux, d’abricots. Le dur, le mou, le sucré, le salé… tout se mélange sacrément. Des milliers de papilles s’érigent sur la langue pour se fondre sur les miettes qui croustillent, s’accrochent à l’émail et gratouillent le palais…

Bouchée par bouchée, le plaisir se renouvelle telles des vagues qui laissent la trace des quenottes sur la biscotte.

Quand enfin, il ne reste plus rien, subsiste un arrière-goût d’enfance, à des années lumière de là…

 

Mimimouche

Photographe Marcel Ehrhard

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 07:46

Le train Milan-Venise s’étirait le long du quai. Assis près de la fenêtre de son compartiment, il observait les voyageurs qui se croisaient de l’autre côté de la vitre, dans un ballet silencieux et sans fin. Il se souvenait. Vingt-huit ans auparavant, elle était à ses côtés, la main dans la sienne. Ensemble, ils avaient regardé un jeune homme qui enlaçait une fille en larmes. Une séparation sur un quai de gare, une de plus...

Il avait serré la main de sa voisine. Elle n’avait pas réagi et il ne s’était pas méfié. Il aurait dû.

Les deux jeunes en pleurs qui s’embrassaient ? S’étaient-ils retrouvés ? Et elle ? Mariée, sans doute ? Peut-être même grand-mère ?

Un soir de désœuvrement, il avait pianoté son nom sur internet. L’écran lui avait signalé une personne qui travaillait à l’université de Turin, en sciences économiques. Il n’avait pas envoyé de message. Peut-être n’était-ce pas la même. De toute façon, que pouvait-il lui dire ? Il aimait sa femme et ses enfants. Sa vie était sans histoire. Seule surnageait la nostalgie de sa jeunesse.

Aujourd’hui, il avait cinquante ans et presque trois dizaines d’années d’enseignement derrière lui. Et elle ? Ses cheveux étaient-ils encore aussi longs ? Peut-être s’étaient-ils croisés sans se reconnaître dans cette gare gigantesque, avec ses couloirs immenses, ses plafonds hauts, sa consigne poussiéreuse. C’est là qu’il avait déposé ses bagages à son arrivée de l’aéroport. Le guichet de bois verni était toujours entouré d’inscriptions à moitié effacées et rédigées en quatre langues, vestige du temps où le français supplantait encore l’anglais auprès des Italiens.

 

Il était arrivé tôt à Milan, avec l’espoir de pouvoir admirer la Cène de Léonard de Vinci, récemment restaurée. La longue file d’attente qui serpentait devant le couvent des dominicains l’avait fait déchanter. Il s’était contenté d’une balade dans la ville et d’une rapide visite du Dôme. 

Les quelques heures passées à déambuler entre les vitrines des magasins de luxe, parmi ces hommes et ces femmes qui marchaient d’un pas pressé vers des destinations connues d’eux seuls, avaient confirmé les impressions ressenties lors de sa dernière visite, cinq ans plus tôt. L’Italie de Fellini n’existait plus. Milan était une ville riche, sûre d’elle et cosmopolite. Les Milanais gagnaient de l’argent et le montraient. Tout se vendait, tout s’achetait et certains prix, à la devanture des magasins de mode, donnaient le vertige.

Quelques téléphones rouges, alignés sur le mur sale d’un couloir de métro, lui avait suggéré d’appeler sa femme. Il avait laissé un message sur le répondeur. Paroles banales de bonne arrivée, petit mot d’amour convenu. Que dire d’autre lorsqu’on s’est quittés quelques heures auparavant ?

 

Une secousse ébranla le wagon. Le paysage se mit à bouger. La dernière partie du voyage commençait. Cette fois-ci, il ne s’arrêterait pas à Brescia et on ne l’attendrait pas sur le quai. Il se rendait un peu plus loin, à Desenzano del Garda, au bord du lac, à un séminaire européen d’enseignants.

Une aubaine, cette semaine sans élèves, hors du temps. Il ressentait le besoin de souffler. Les heures de cours s’étaient succédé, les saisons s’étaient écoulées, ses enfants avaient grandi et, maintenant, il devait demander aux jeunes enseignants de le tutoyer. Il ne pouvait plus lire un texte écrit en petits caractères sans une paire de lunettes qui l’accompagnaient partout depuis bientôt deux ans. Il était fatigué.

Ce séminaire lui ferait du bien.  « Stratégie pour lutter contre l’échec scolaire » : voilà un titre pompeux qui ne voulait pas dire grand-chose. Le mot “stratégie”, surtout, le chagrinait. Si une stratégie permettait de vaincre l’échec scolaire, il l’aurait su et il n’aurait pas été le seul. Que cachait cet intitulé racoleur et illusoire ?  Une rencontre organisée par une association désireuse d’accéder à la manne des subsides européens, probablement... Il se promènerait si les exposés prévus s’avéraient inintéressants. Il peaufinerait aussi son italien. Voilà bientôt deux ans qu’il n’avait plus eu l’occasion de le pratiquer.

Le train s’arrêta dans une banlieue grise. Milano Lambrate. Des années auparavant, il y avait pris un train de nuit avec toute sa classe, au retour d’une semaine de vacances de neige. Les enfants s’étaient répandus sur la place près de la gare, à la recherche de boissons et de friandises. Il avait dû élever la voix et les menacer d’une sanction pour  qu’ils se regroupent quelques minutes avant l’arrivée du convoi. C’était loin.

Les vastes étendues de la plaine du Pô remplacèrent bientôt la banlieue milanaise. Paysages monotones, abîmés par l’homme, que le train, avec raison, traversait à vive allure.

Il ferma les yeux.

- Biglietto, signore.

Du soleil dans le compartiment. Une main sur son épaule. Le contrôleur.Dans le soleil, un visage de femme. Il ne l’avait pas entendue s’installer. À quelle station était-elle montée ? Avait-il déjà dépassé Brescia ? Non, la plaine, toujours...

Il retrouva son billet dans la poche intérieure de sa veste et le tendit au contrôleur. Devant lui, la femme bougea. De belles jambes, une poitrine un peu forte, des cheveux châtains coupés courts, la quarantaine. Pourquoi était-elle venue s’installer juste en face de lui ? Avait-il ronflé ? Il ronflait souvent quand il s’endormait quelques instants en pleine journée...

Il sourit à sa voisine. Elle ne réagit pas.

Vingt-huit ans plus tôt, il lui aurait parlé.

Patrick Dupuis
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