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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 20:31




Les yeux fermés

 


Dès l'ouverture de la porte, une bouffée d'odeur étrange vous assaillait, amplifiée par la chaleur qui régnait à l'intérieur. Madame Fourrier était frileuse.

Ses mains fragiles suivaient un chemin d'obstacles soigneusement disposés, qu'elles cherchaient d'instinct à la bonne hauteur.

−Bonjour, Anna. Bonjour, ma petite amie !

J'étais fascinée par cette faculté surprenante qu'elle avait de reconnaître ses visiteurs avant même qu'ils aient prononcé le moindre mot, et je me prenais à douter : était-elle vraiment aveugle ?  Partagée entre l'envie de vérifier mon soupçon et  la crainte d'être surprise à cette vérification, je faisais de petits mouvements  incongrus, à demi avortés. Les infirmités m'inspiraient un complexe mélange de curiosité, de peur, de pitié et de réprobation. J'avais six ans.


Madame Fourrier m'offrait un bonbon. Elle savait toujours se tourner vers moi, mais son geste avait une imprécision qui m'intimidait, et j'avais du mal à m'identifier comme destinataire.

Tandis que ma mère conversait avec elle, je me faisais oublier afin de poursuivre mes investigations secrètes. L'odeur m'intriguait. J'essayais de démêler ses composantes et d'identifier les provenances. Le chat. L'eau de Javel. La pile de vieux journaux qui menaçait l'écroulement sur un coin de table. Naphtaline et lainages sales. Indéfinissable odeur de cuisine pauvre. Et une lourde senteur exotique, dont l'opulence s'accordait mal au cadre de cet obscur deux pièces sur cour.

− Tu travailles bien à l'école ?

L'intrusion de ces banalités obligées dans mon enquête m'agaçait.

Ma mère répondait pour moi, fière d'étaler mes succès, et j'avais droit à un autre bonbon. Puis Maman regardait sa montre et disait " Eh, il va falloir nous préparer si nous ne voulons pas rater le début de la séance !"  madame Fourrier disait " Je vous laisse deux minutes, resservez-vous du café si vous voulez, ma petite Anna", elle disparaissait dans la pièce à côté et l'odeur exotique s'intensifiait.

Nous marchions lentement vers le cinéma de quartier, qu'on a démoli il y a déjà longtemps, nous faisions la queue dans le brouhaha du dimanche après-midi, nous pénétrions dans l'obscurité d'une salle à l'air raréfié par l'haleine des précédents spectateurs. Je m'interrogeais sur la faculté qu'avait l'ouvreuse de se repérer alors que sa lampe éclairait nos pieds à six pas derrière elle, le fauteuil trop grand m'engloutissais et ma mère commençait à voix basse son commentaire, qui allait accompagner les actualités, le documentaire et le film, avec parfois des interruptions, dans les moments les plus palpitants, vite relancée  par madame Fourrier qui demandait avec avidité " et là, qu'est-ce qui se passe ?"

Je ressortais abasourdie de trouver le crépuscule alors que nous venions de pénétrer  par grand soleil dans la nuit profonde du cinéma. J'avais faim et envie de retrouver la maison, l'odeur exotique m'écœurait un peu, j'effleurais des lèvres la joue poudrée en évitant le grain de beauté poilu. Madame Fourrier remerciait Maman " Vous êtes si gentille ma petite Anna" et nous rentrions en passant par les quais où la Saône déroulait ses lumières du soir.


Un jour, plus tard, dans le métro, j'ai retrouvé cette odeur capiteuse, j'ai interrogé la femme qui portait ce parfum : "Habanita". Une fragrance très démodée.

Mais l'espace d'un instant, j'ai revu ma mère, "Prince Vaillant" et cette vieille aveugle qui aimait tant le cinéma…

  Coline
a un blog, avec plein de  morceaux de belle écriture dedans, courez-y
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Published by Léonie Colin
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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 20:34


Grand-Père

Elle s’était pourtant préparée à cette déferlante. Les mains crispées sur le volant, elle négocia le dernier virage. Bientôt, la menuiserie surgirait des profondeurs de son passé. Elle prit une longue inspiration. Elle se gara à quelques encablures du vieux bâtiment de briques rouges et sortit de la voiture. Le frémissement de l’aube l’enveloppa dans une brume tiède, tandis que le soleil étirait paresseusement ses rayons sur le foisonnement de végétation qui encerclait l’atelier. Rien n’avait changé. La menuiserie supportait le poids des ans et l’abandon avec élégance. Elle poussa la porte vitrée qui céda dans un grincement familier et pénétra dans la caverne aux trésors de son enfance. Elle le revoyait. Son grand tablier bleu, sa casquette poussiéreuse, le crayon coincé derrière son oreille, et son sourire, si doux. Le sol était jonché de sciure, de copeaux de bois. Sur les établis, tenailles et rabots semblaient attendre ses mains expertes. Le long des murs, les tiroirs en enfilade regorgeaient encore de vis et de clous. Le temps avait conservé intacte l’antre de son grand-père. Elle saisit une poignée de sciure, comme autrefois, et laissa la poussière du bois filtrer entre ses doigts. Elle ferma les yeux, capturant ainsi les images du bonheur retrouvé.

                                                                                        Laurence Marconi

Photo merci Sidonic
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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 07:45
Alors voilà, le festival de polar Mauves en Noir est passé . Trop de choses à raconter , un mot pour résumer :  rencontre.
Rencontre avec Annick Demouzon, Solène Quentin, Christophe Charuau , les autres participants au concours de nouvelles dont le texte est publié dans "Crimes de goût", le recueil collectif qui regroupe nos textes avec ceux de professionnels et de jeunes candidats: Gérard Alle, Marie Bouchaud, Jeanne Desaubry, Adeline Gautier, Yannick Guilbaud, Gaëlle Héaule, Claire Issartier, Max Obione, Jean-Hugues Oppel, Isabelle Polin,Jean-Bernard Pouy, Solène Quintin, Sylvie Rouch, Gérard Streiff, Marc Villard. (Le recueil est en vente sur le site de Mauves en Noir, il contient de délicieux  textes, celui de Sylvie Rouch m'a vraiment fait rire)

Dîner sous la tente en bonne compagnie et retrouvailles avec les bénévoles: Linda, Françoise, Gilles, Odile et Jean-Louis... Bref un moment joyeux autour de la lecture et du partage, avec Jazz à la clé et bonnes conférences sur la littérature. (Dès que je retrouve le programme, je pose les détails en ligne!). Rencontres avec de nombreux  auteurs , affûtés et sans prétention, sans chochottements. Des écrivains du noir , quoi.

Une expo délicieuse qui devrait devenir un album: on a demandé à chaque auteur pour quel plat il serait capable de commettre un crime. Les textes , délectables, ont été illustrés par Thierry Audrain  (Les tripes à la mode de Caen de Max Obione...première fois que j'apprécie ce plat )

Et partout où il y avait besoin d'aide, les "Apprentis Sauciers", les apprentis en Bac Professionnel Restauration, venus là également comme auteurs avec un recueil de recettes génial: Ma Saucière Bien-aimée.
Leur engagement, celui de leurs profs, un vrai bonheur. Leur livre contient des textes de Jean-Bernard Pouy qui les a soutenus et de Mouloud Akkouch. Leurs recettes ... je vous en parlerai après les avoir testées!

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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 09:00

Marcher sur la jetée jusqu'au phare, longer la plage , flâner sur le quai ...
Je ne reste jamais longtemps sans passer par une île. Quelques photos de la dernière que j'ai arpentée, le nez en l'air. Qui la reconnaît ?








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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 21:48

- - Ce qu’on en a mangé en rentrant de la plage !  Tu te  souviens quand on débarquait pieds nus avec  les seaux et  les pelles, on semait du sable sur le carrelage. Tante Rose bougonnait « Les vl’à  qui viennent nous ensabler à c’t’heure ». Quand on avait froid, elle ajoutait une bûche dans la cheminée, toujours en ronchonnant.

- Moi j’aimais bien beurre sucre, tout simplement : le beurre salé et le sucre semoule qui craquait un peu sous les dents quand on n’attendait pas trop longtemps. Ses crêpes avaient  quelque chose de spécial que je n’ai pas retrouvé ailleurs. Quelque chose qui était là dès le bout des lèvres et qui restait après, comme un parfum. Sans doute un alcool.

- Du rhum, peut-être,  cet arrière-goût, un peu fruit, un peu vanille …Quand on avait fini, on léchait l’assiette et on sentait nos doigts, on n’en perdait pas une molécule.

- C’était une sorcière, tu te souviens des bouteilles sombres sans étiquette qu’elle alignait derrière le bar en forme de barque ? Au milieu, il y avait le portrait de feu son mari, bosco sur la Marie-Louise, avec un beau costume et la photo du  vapeur en toile de  fond. J’adorais  aller chez Tante Rose, mais elle me faisait  peur avec son regard bleu et froid qui nous transperçait …

- Jamais longtemps, elle te plantait ses yeux en pleine face et elle repassait à autre chose aussi vite, en n’arrêtant jamais de parler. Elle avait la dent dure, tout le monde y passait, nous on se tenait à carreaux.

- On ne mangeait pas tous en même temps , il fallait attendre  pendant qu’elle préparait les crêpes une à une. Baignés dans l'arôme du beurre et du sucre, on salivait , morts de convoitise. Pour passer le temps, on regardait les bateaux par la vitrine de bois marron, ça me faisait rêver de voir les équipages embarquer, les pêcheurs hisser leurs caisses sur le quai, les dériveurs sortir sous voiles. Si on faisait trop de bruit en attendant, elle n’avait qu’à taper sur le bar une fois avec sa spatule, on ne demandait pas notre reste (...)

 


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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 08:49

Elle suit le bord du trottoir. La bande de granit  clair  descend parfois vers le bitume de la route, elle ne l’ approche pas  de peur de perdre l’équilibre.

Elle a mal aux pieds, ça doit être ses chaussures.

Ses souliers plats, durs et luisants, l’arrondi sur le coup de pied et celui de l’extrémité comme deux sourires qui se répondent. Contre les bas blancs, quasi-bleus,  la bride noire tranchant   le fil d’Ecosse ; de temps en temps elle les regarde en marchant  et relève la tête  avec l’ envie de danser malgré le supplice de ses orteils. Avant de les enfiler, le dimanche et pour les grandes occasions, elle frotte le cuir jusqu’à le faire étinceler comme un métal. Avec ses vernis noires, le menton haut, elle   sourit et  cherche les yeux de ceux qu’elle croise. Elle se sent autre, elle espère être regardée.  Peut-être que  Marie va la voir…

Marie, si grande, si belle, les boucles blondes sur le dos étroit, le regard bleu. Marie qui glisse, qui ne semble pas marcher. Chaque fois qu’elle la rencontre, elle se remémore  ensuite pendant des heures  chaque geste, chaque mot de celle qui ne l’a même pas vue. Elle  fait partie des petites, Marie est déjà une jeune fille, presqu’une femme. Elle lui a parlé une fois, à la sortie de l’école, elle cherchait son petit frère, elle l’a interpellée comme si elles se connaissaient, comme si elles étaient amies - Dis-donc , ils sont sortis ceux de la classe de Mme Laîné ?

Sidérée, confuse, ravie sous le regard bleu déjà passé à autre chose, si seulement elle avait eu ses vernis noires ce jour-là, elle a bafouillé  -Ah, je ne sais pas…je vais voir, peut-être que…  

Marie avait déjà tourné le dos, accaparée par une autre, une grande, une comme elle.

Elle était restée avec la musique de sa voix dans l ‘oreille et le vertige de son regard marine  en plein visage. Elle ne lui a pas parlé depuis, elle  l’admire en silence. Elle est si timide.

Le pavé  rouge sous le camélia, les pétales mous sous ses pieds. Elle suit les murs et  les portails forgés, les branches fleuries fléchissent vers sa tête, elle les sent parfois frôler ses cheveux. Le long de certains jardins, des chiens l’accompagnent en vociférant comme s’ils pouvaient l’atteindre à travers les pierres, elle résiste à la peur et avance toujours. Les trottoirs s’aplanissent , disparaissent , bientôt remplacés par une ligne blanche . A chaque pas, elle y pose son pied gauche, elle va droit malgré la fatigue. Elle longe des haies poussiéreuses et basses, d’immenses panneaux colorés, des glissières de métal. Là où la ligne blanche l’emporte , il n’y a  plus de place pour les marcheurs. Des plaques d’herbes maladives affleurent sous les bordures de goudron.

Une voiture ralentit à sa hauteur et s’arrête, le vacarme du moteur la dérange. Elle a un peu peur des voitures.

Un homme en descend, il est immense. Il se poste devant elle , l’empêchant d’avancer 

– Mamie, on t’a retrouvée, depuis ce matin qu’on te cherche partout !





 
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10 avril 2009 5 10 /04 /avril /2009 16:26

 


Allongés l’un près de l’autre , l’épaule contre le bras, la hanche contre la taille, leur quatre jambes parallèles. Au bout de leurs orteils nus, la tangente de l’horizon bleu. Le sable autour de leurs nattes usées et du panier  plein de serviettes, de crèmes et de magazines.

  Ils ouvrent les yeux  : la femme debout qui leur cache le soleil respire la force et l’énergie. Elle s’agenouille près d’eux ,  soudain relevés d’un seul mouvement. Légèrement sur la défensive.

- Vous n’allez pas le croire : vous avez été choisis parmi tous les couples de cette plage pour participer à un jeu.


Ebahis, ils détaillent son chapeau de toile blanche, les larges bretelles de sa robe de lin, son regard clair, sa peau bronzée.

 

        - Je suis la fée Paulette, déléguée de la Française des Vœux. Vous avez été choisis parmi les quinquagénaires de cette plage pour l’attribution d’ un exaucement  chacun ; quelque  soit votre vœu, nous le réaliserons. Car à la Française des Vœux, ce qu’on veut, on le peut .

"Don't Stop Til You Get Enough",  la voix de de Michael Jackson résonne , venue de nulle part. C’est comme si une cloche de verre les isolait  dans une bulle de musique et de félicité - On commence par vous, Madame, qu'est-ce qui vous ferait plaisir ?


La femme rosit , les yeux brillants, elle semble avoir huit ou dix ans – Moi ce que j’aimerais le plus, avec mon mari, c’est  faire le tour du monde. Tout le tour de la planète, rien qu’avec lui …Elle cherche les yeux de l’homme qui regarde ailleurs et poursuit – On a toujours rêvé d’aller en Australie, pas vrai Chéri ? Et puis en Amérique du Sud aussi , au Brésil…

La musique devient plus forte, la fée lance un immense sourire et ouvre les mains, une liasse de billets d’avions dans des pochettes colorées couvre les cuisses bronzées de la femme  qui applaudit – Oooh, regarde Chéri , c’est merveilleux, on va pouvoir réaliser notre rêve, c’est magnifique : Air Australia, Brasil Lines …Fantastique !


- A votre tour, Monsieur!

L’homme semble soudain mal assis, il fixe la fée en évitant  le regard de son épouse. D’abord hésitante, sa voix s’affirme              – Ce dont je rêve depuis des années (  Pardon Chérie, cela n’a rien à voir avec toi) , c’est de vivre avec une compagne qui ait trente ans de moins que moi. Ses mains tremblent un peu, quelques chose de ténu bat près de son œil, sa femme  le dévisage, la bouche ouverte, les traits figés.

La fée Paulette lève les mains, insensible au malaise qui a envahi la bulle – Qu’à cela ne tienne, à la Française des Vœux, tous les Vœux ont leur chance !

Sous son regard chaleureux , l’homme se sent étreint par des mains invisibles, il frémit légèrement, se laisse aller en arrière et s’appuie sur ses avant-bras, trop fatigué pour se tenir assis.

 

La musique joue plus fort, sa femme ne le quitte pas des yeux, la fée bat des mains en cadence

- Et voilà, Monsieur, votre rêve est réalisé ! Vous avez quatre-vingts ans. Trente de plus que votre compagne !
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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 08:12

 

Dès que possible (dès que je serai chez moi), je vais chercher un stylo qui fonctionne et une enveloppe, trouver un timbre et envoyer un chèque à  la personne ci-dessus pour recevoir Pr'Ose, la revue de celle qui aime les textes. En plus c'est le numéro 13, on dit que ça porte bonheur! (Un numéro coûte 3 euros , 2 numéros  coûtent 6, 3 numéros etc...)


Avec des textes de :

- Dominique Guérin

- Alain Emery

- Christophe Esnault

- Ghislaine Maïmoun

- Agnès Laroche

- Véronique Pingault

- Karine Macarez

- Claude Romashov


"La revue « Pr’Ose ! » invite au vagabondage littéraire. De textes courts en nouvelles et de nouvelles en poésie, ses auteurs vous proposent de (re)découvrir le monde, de visiter des univers intimes et des pays ignorés. N’hésitez pas à passer la porte de la couverture afin de partager quelques pages avec eux : vous serez conquis. Avec les mots comme bagages, « Pr’Ose ! » invite le lecteur au voyage, dans et au-delà du quotidien."

Frédérique Trigodet (directrice de publication)


Que faire pour vous procurer Pr’Ose ?

        

         Il vous suffit d’envoyer un chèque (à l’ordre de Frédérique Trigodet) à l’adresse suivante : Pr’Ose !,

Rés. Rive gauche,

Bât. C, 23 rue Tudelle,

45100 Orléans.

 

 




 


   

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 07:37



 (...) Et si le fil décollait  jusqu’au monde du dessus , celui qui ne fait signe que la nuit ?

 Pour le voir il faut attendre que le soleil bascule derrière la butte, au pignon, après la petite soue où l’on enferme les poules le soir,  puis escalader le talus qui courbe le chemin. Sitôt effacées les vapeurs bleues de la fin du jour, on peut compter les éclats : court court long, St Anne , court long long court , St Gilles. Les phares s’allument sur la côte quand la terre est à l’envers , ils montrent le dessus du monde.

Elle n’a vu qu’une fois cette étendue qui n’arrête jamais, comme une fenêtre sans barreaux et sans montants. Face au vent, elle a respiré   jusqu’au vertige . Elle a posé ses pieds dans le sable sans  aimer sa mollesse dure et trompeuse.  Depuis elle n’y pense plus , excepté quand quelque chose arrive ici : vent d’ouest en tempête , gel sur  la source ou ciel profond trop bleu. Quasi menaçant.

              Si elle suivait le fil vers l’horizon  , les balises de la nuit   s’écarteraient , elle approcherait de la côte en planant sous les nuages rebondis  qui  cavalent vers l’est (...)

Cette nouvelle , Le fil, a été publiée par Calipso en 2008, dans le recueil Sans dessus dessous.
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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 07:28


Bizarre ce fil sur la lande. Accroché ça et là entre  ronces et touffes d’ajonc  , il la précède parmi les fougères plus hautes qu’elle.

 Elle marche derrière la Noire, la  chèvre osseuse dont les longues mèches acajou brillent  sur la robe brune. La corne des fins sabots tinte parfois sur une pierre ou un à-plat plus tassé. La petite suit les hanches pointues et  la  queue retroussée,  évitant  les déjections noires et luisantes parfois semées  sur l’herbe rase. La tête baissée sous le licol, la biquette piétine derrière la vieille femme qui avance lourdement. Sa main gauche serre son poignet droit dans son dos , ses  doigts raidis retiennent  la chaîne sombre , ses épaules et sa tête dépassent à peine les arabesques vertes  . Le chien ouvre la marche, le pas vif et la truffe au ras du sol. De temps en temps la Noire  , tentée par une pousse odorante,  résiste  et risque un écart ; les maillons de fer tintent sur son bêlement et le convoi reprend son rythme silencieux. Engloutie dans la fraîcheur des fougères, la petite longe leurs tiges luisantes, jaunes et dures comme de très hautes pattes de poulet .
On ne voit personne sur la lande, on ne trouve rien non plus sinon quelques cartouches vides à la saison. Parfois  une plume de geai d’un bleu scintillant ou une pierre ornée d’un quartz laiteux. Jamais  d’objet fabriqué. L’extraordinaire de ce fil clair accroché  aux buissons,  c’est qu’  ici rien n’arrive qui ne soit déjà arrivé la veille et  les jours d’avant. ( ... )
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