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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 18:38

Comme le fait parfois Mrs K, j'aimerais vous proposer une énigme.
Que représente cette photo à votre avis ?
Un seul indice pour l'instant: je l'ai prise hier. J'aimerais savoir ce qu'elle vous inspire.
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Published by Léonie Colin
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 07:29


Laure fait couler son bain avant d’aller dormir , elle enjambe le bord de la baignoire en agrippant le lavabo, c’est de plus en plus difficile, surtout au moment de passer la deuxième jambe, elle a peur de glisser. Elle aurait l’air fin si elle tombait , toute seule , déshabillée, avec le téléphone à l’autre bout du couloir. Chacun de ses gestes est réfléchi, comme lorsqu’elle escaladait  les rochers de la falaise avec Pierre l’année de leurs vingt ans.

Elle aime se coucher, retrouver la lampe orange, la couette légère et le roman commencé hier qu’elle finira demain. Elle éteint quand ses yeux piquent trop fort ; allongée sur le dos, elle écoute la rue, la sortie du restaurant d’en face, les couples qui rient avant de remonter , enlacés, vers le dernier petit bar ou la boîte de jazz. L’image de celle du dessous, que la lecture avait éloignée, revient devant ses yeux. Est-elle encore en bas ? A-t-elle mangé ? Peut-on dormir par terre avec ce froid sur le pavé glacial ?

Les yeux grands ouverts, elle regarde les taches de lumière  électrique parsemer les moulures du plafond à travers les vieux volets et le rideau de voile. Le rire d’une Africaine monte vers les toits, quelqu’un téléphone en remontant la rue d’un pas rapide.

Comment est-elle installée en bas ? S’est-elle allongée en chien de fusil sur son espèce de courtepointe ou dort-elle assise, effondrée comme elle l’était cet après-midi ? Depuis quand ne s’est-elle pas lavée ?

Elle rallume , déjà deux heures à sa montre, elle renonce à lire,  pas assez paisible pour s’intéresser au petit héros mondain de son roman (...)

Elle pourrait être le début de ce texte, la nouvelle de Mrs K
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Published by Léonie Colin
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15 février 2009 7 15 /02 /février /2009 23:05

Juste repêchée par hasard, elle se promenait sur le net et je l'avais oubliée. Elle m'a pourtant valu une balade à Bruxelles et quelques bons moments. C'est ma première nouvelle, parue il y a trois ans quand je me suis dit que j'allais écrire autre chose que des synthèses et des rapports.


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14 février 2009 6 14 /02 /février /2009 12:12


Pour lui chaque femme devait être choyée, adorée, admirée. Il était si prévenant avec toutes, certaines prenaient cela pour elles seules et en profitaient pour le séduire. Son charme, elle le connaissait, elle avait toujours su. Son sourire, ses yeux verts, ses écarts, il ne résistait pas. C’est pourtant lui qu’elle avait voulu,  elle ne l’avait jamais regretté. Même les jours où elle avait deviné, elle devinait toujours, qu’il venait de chez une autre.

 A elle les langes, l’allaitement , les fausses couches et les méandres des maternités répétées ; à lui  de rapporter de quoi vivre . Quand il arrivait elle savait au premier regard qu’il l’avait trompée. Elle le prenait comme il était; même si d’autres l’approchaient, c’est près d’elle qu’il reviendrait toujours pour la lutte quotidienne : trouver l’argent, nourrir et aider les enfants. Il adorait ses filles et il l’aimait, elle, même si il cédait souvent aux tentations passagères.


A son tour, elle avait essayé l’adultère en sa quarantaine triomphante, libérée par l’entrée de la dernière petite  à l’école, lorsqu’ elle avait repris ses études . Cette histoire avec un prof,  juste pour voir comment c’était avec un autre. Elle avait  détesté , au point de briser le cœur du pauvre homme  au bout d’une semaine pour revenir à son  mari. Si beau. Si généreux, si incapable de bassesse.
Son séduisant  séducteur, qui n’avait rien deviné de son écart (...)

Berry

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12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 21:00

Bonheur de marcher sur ce que nous laissent les volcans, ici et ailleurs.


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7 février 2009 6 07 /02 /février /2009 17:27

Comme chaque jour excepté le lundi, jour de fermeture, et le dimanche où elle évite la file des maris venus acheter le gâteau , Madeleine sourit de plaisir en arrivant dans la boutique. Leur jeu  dure depuis des années : elle doit deviner l’auteur du sketch que le boulanger lui soumet. Dans le magasin  vide en ce début de soirée, il  sert un petit garçon venu choisir des bonbons et patiente pendant le comptage laborieux des pièces. Sitôt l’enfant parti, il entonne pour Madeleine qui attend :

 Il dit : ça n’arrive qu’aux autres !

Parce qu’il a entendu les autres dire : ça n’arrive qu’à moi !

Elle se concentre avant d’émettre son hypothèse, assise sur la chaise prévue à cet effet. Les jambes croisées, attentive, elle pose son sac par terre, histoire de signifier qu’elle a tout son temps pour ce moment partagé. Il passe devant le comptoir  et se tourne vers elle comme au cabaret.

-Il croit que ça n’arrive qu’à eux (aux autres) !

alors que peut-être, il n’y a qu’à lui que ça arrive

de penser que ça n’arrive qu’aux autres !

Encore que, lorsqu’il s’en aperçoit,

il dit comme les autres :

Ça n’arrive qu’à moi !

 Cela m’est arrivé…à moi !

Alessio s’interrompt et repasse derrière le comptoir pour quelques clients pressés , l’air ailleurs, elle sent qu’il répète intérieurement la suite  . Une partie de lui vit sur scène pendant qu’il prépare et vend son pain,  épuisé par ce double jeu (...)






Raymond Devos, Matière à rire, Olivier Orban, Paris, 1992



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Published by Léonie Colin
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5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 07:58


Elle remorque son chariot dans la rue  , impatiente d'arriver. Les flocons de neige fondue s’écrasent sur la peau de son visage comme des baisers mouillés , elle boite davantage en pressant le pas. Devant l'entrée, elle s’appuie sur la poignée du caddie , compose le code  , pèse sur  la lourde porte pour enjamber  le seuil avec ses courses qu’elle tire derrière elle. Ses doigts trouvent le bouton  de la minuterie. Les yeux fermés, elle se pose un instant contre les lambris de l’entrée pour reprendre son souffle à l'abri du porche, glacial mais sec .

Le soulagement du retour  disparaît quand ses paupières se relèvent,  quelque chose est là. Quelque chose d'inhabituel.

Une masse effondrée se tasse  sous les boîtes à lettres. Engoncé sous des couches de vêtements, quelqu’un est accroupi sur les pavés. Le visage se  dresse vers elle,  deux yeux bleus clairs la traversent sans  ciller, c’est une femme . Jeune. Jeune et  sans âge. Les mains  gantées recroquevillées sous des mitaines , des mèches de  cheveux blonds dépassent du bonnet tricoté.

Le temps d’extraire son courrier, elle frôle du pied la couverture où s’est posée l’errante, et s’éloigne vers l’escalier qu’ elle déverrouille. Le regard en coin vers la silhouette tassée, la tête retombée , le campement de haillons (...)
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3 février 2009 2 03 /02 /février /2009 11:30

On roule au soleil entre deux averses sur le goudron lavé . Les arbres dorés devant le ciel plombé , les nuages qui filent vers le sud, comme nous, je me sens heureuse et libre.

- On va s’arrêter pour déjeuner dans dix minutes, je connais un petit restau sympa avant l’autoroute.
Mon frère , toujours organisé, capable de passer près d’une bonne adresse à midi et demie précise, son heure. Seule, j’aurais roulé jusqu’à ce que la faim me dessine des étoiles devant les yeux , je me serais arrêtée n’importe où, j’aurais mangé n’importe quoi, le plus rapide à payer démouler et avaler. Pas de doute , ça aurait été mauvais, calorique, une cochonnerie pâteuse qui me serait restée sur le cœur.

- Pourquoi Toulouse ? on ne connaît personne là-bas, on n’y est jamais allé (...)




Photo: pardon Julie
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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 22:57


J'ai d’abord vu  les bières sur le tapis devant la caisse du petit supermarché, un pack de vingt-quatre bouteilles et vingt-quatre cannettes d’aluminium rouges et noires. Rien d’autre. Ses mains ont posé la barre métallique pour que je puisse déposer mes courses. Carottes, oignons, yaourts. Les ingrédients de la vie saine. J’ai remercié en levant les yeux vers lui et j’ai calé devant son regard. L’intensité et tout de suite le volet tiré vers le bas. L’éteignoir sur l’intelligence. J’ai souri un merci et dévié poliment . La civilité veut que près de ce jeune homme qui pourrait être mon fils, il a quoi dix-neuf  vingt ans, je sourie et je regarde ailleurs vite. Très vite. La caisse est en panne , ça traîne. Où est-ce que je l’ai vu, il y a pas longtemps ? Où ? Et cette odeur d’alcool exhalée par tous les pores que je sens près de lui.

Comme près de G lorsque je regarde rire ses yeux mouillés , plus vieux que lui, et que je le serre contre moi « Fais attention, à toi et aux autres, G », avec l’envie de hurler « Espèce de petit con, tu crois que t’as le droit de te détruire comme ça, je ne sais pas ce qui me retiens de t’en coller une, et ta copine, t’as vu comment  elle souffre ? »

Où ai-je vu ce jeune homme aux mains pâles qui attend comme moi que la caissière remplace son rouleau « Désolée M’sieurs-dames, y faut c’qui   faut !» Sourire, chewing gum, fatigue. 

Ça me revient. Il partageait ta chambre d’hôpital hors d'âge il y a un mois. Assis près de la fenêtre aux petits carreaux donnant sur le cimetière, séparé de toi  par le rideau, toute la journée devant un sudoku. Les yeux cernés de bleu. Seul.

A ma question muette, tu avais répondu à mi-voix « Sevrage d’alcool sur jugement. »


photo: Julie Heurtel
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29 janvier 2009 4 29 /01 /janvier /2009 07:47

 


7h30 du matin, les jours diminuent, il fait sombre, elle frissonne  devant l’entrée , fermée. Une heure d’attente dans le couloir , effleurée par les regards absents des autres employés aux aguêts sous l'armure administrative matinale.  Elle s’oblige à respirer calmement lorsque les talons aiguilles de Janine pilonnent l’escalier.

Entre  soulagement  et  colère , elle suit les deux femmes dans le bureau Leur salutation d'automates avant de lui tourner le dos, leur murmure affleurant depuis la salle de réunions.  Elle s’oblige à  accrocher son vêtement près des leurs .

Le chef apparaît, toujours poussif  , le cartable pendant au bout du bras,  les traits de son visage luisant de sueur tombent vers le bas . Elle essaie de croiser son regard , il fixe tantôt sa bouche tantôt ses seins . Elle s’impose sa poignée de main , encore dégoûtée par celle de la veille.  Repousser de nouveau l’image de la limace .

Elle se tourne vers la secrétaire revenue à l’agenda ouvert  -Pouvez-vous me dire où je trouverai des cartons d’archives ? Sa voix peine comme si  des graviers emplissaient sa gorge, elle retient son envie de hurler et partir en lançant la porte derrière elle . La femme relève un visage soigneusement composé, son rouge posé comme une tache de sang, sérénité et candeur surjouées malgré le poignard du regard, petite voix maniérée :

-Plus tard, là maintenant  je dois aller préparer le café pour M.Levert, je ne peux pas faire deux choses à la fois ! (...)

 

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