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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 21:29



(...) C'est cela le véritable rêve américain, pas vrai ? Pouvoir repartir de zéro, changer de forme, disparaître et resurgir plus tard en étant quelqu'un d'autre. Pouvoir survivre au meutre délibéré de son propre passé et même assister à ses propres funérailles, si on le désire, en regardant le cortège funéraire depuis l'ombre d'un bouquet d'arbres à quelque distance. Etre l'inconnue en bordure de la foule, celle dont la présence  se remarque à peine ou n'attire que de rares commentaires. Je ne sais pas qui c'est, c'est une amie de quelqu'un dans la famille, je suppose. Et quand tout le monde enfin a quitté le cimetière et qu'on reste seule, alors on peut s'avancer, prendre une des fleurs dans l'un des paniers posés au bord de la tombe et se la mettre dans les cheveux si on en a envie, et puis, comme un joyeux fantôme, s'éloigner en sachant secrètement que tout en bas, dans l'obscurité sous la couche de terre, le cercueil est vide et ne contient que de la sciure, des cailloux ou un mannequin rempli de paille.
J'ai poussé mon sac devant moi sur la banquette arrière d'un taxi et je suis montée. Le chauffeur, un irlandais de Boston au visage plat, portait une casquette des Red Sox. Il s'est tourné vers moi et m'a dit: " 'jour.Ca va? Où c'que vous allez ?" (...)

American Darling, Russel Banks, traduit par Pierre Furlan, Babel Actes Sud



Cet extrait montre exactement ce que j'aime dans ce livre, ce que la vie a de terrifiant et la légèreté qui fait continuer, la fleur dans les cheveux, le détail incongru. L'histoire peu connue du Liberia y est détaillée à travers le parcours d'Hannah entre l'Afrique et l'Amérique.
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Published by Léonie Colin
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27 décembre 2008 6 27 /12 /décembre /2008 20:36


- Staline adorait la neige, déclara Platonov. (Ils réfléchirent à cette intéressante information pendant que les essuie-glaces balayaient les flocons sur le pare-brise.) Au Kremlin, ils faisaient des batailles de boules de neige. Comme des gosses. Beria Molotov et Mikoïan dans un camp, Khrouchtchev, Boulganine et Malenkov dans l'autre, Staline en guise d'arbitre. Des hommes mûrs, le chapeau sur la tête, en train de se lancer des boules de neige. Et Staline pour les encourager.
- J'essaie de me représenter la scène.
- Je sais qu'un certain nombre d'innocents sont morts à cause de Staline, mais il a aussi fait respecter l'Union Soviétique dans le monde. L'Histoire russe, c'est  Ivan le Terrible, Pierre le Grand, Staline et, depuis, rien que des gringalets. J'ai compris que tu étais de mon avis quand je t'ai vu sauver Staline de ces soi-disant Patriotes russes. Gare-toi là, au coin.

La voiture s'arrêta au pied d'un lampadaire, et Platonov s'en extirpa péniblement. Arkady se pencha pour lui préciser que Staline n'avait pas tué "un certain nombre" de gens, ce qui aurait pu laisser croire que c'était accidentel, mais avait envoyé de sang-froid des millions de russes à la morts. Mais Platonov disparaissait déjà au bras d'une rousse en manteau de fourrure et talons hauts. Une quasi septuagénaire bien conservée, un tourbillon de rouge à lèvres et de mascara. Brandissant une bouteille de champagne dont la mousse débordait (...)


Le Spectre de Staline, Martin Cruz Smith, traduction: Jean Rosenthal           (Seuil Thrillers)


Et à vous, il  en a apporté de la lecture le PN ?

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24 décembre 2008 3 24 /12 /décembre /2008 08:01





Nous voguons aux antipodes de la prudence, à l’écart du troupeau . Négligeant les précautions d’usages , garantes d’une longue vie  régulière, nous avons boudé les escales tranquilles. Au prix de tes blessures et des miennes, nous avons dû faire face ensemble. Je t’ai soigné parfois, plaies ouvertes  ou simples éraflures ; je t’ai bandé de toiles imprégnées d’huile, je t’ai enduit  de mélanges odorants . Je connais tes faiblesses, les maux qui te poursuivent . La plupart des miens ne te résistent pas , les autres, je m’en arrange. Nous  sommes là après toutes ces années, vieillissant ensemble au mépris des conseils avisés. Tu contiens mon univers , bruissements d’eau et de vent, même si l’âge venant je devine parfois plus que je n’ entends.

 Il  devient difficile de me hisser vers toi , d’embarquer à ton bord et d’en sortir, j’évite de te quitter . Moi qui veillais sur ton état de la quille au mât, je  distingue mal les détails de ton gréement. L’époque  est loin où je plongeais sous ta coque , ta carène se couvre d’algues à mesure que mon corps devient plus raide et s’affaiblit. Le vent et le soleil pèlent tes vernis ,  il y a si longtemps que j’ai peint   tes espars . Je n’ai pas oublié leur fil  , aussi familier qu’un grain de peau, un peu plus brillant à chaque application du baume huileux  dont je te couvrais chaque hiver. Désormais je n’en ai plus la force.

Le temps  nous marque  , taches claires  sur  ton bois, taches brunes sur mes bras ; peu importe , je les distingue à peine. Tes voiles dorment pliées dans la cabine avant, je n’aimerais pas les voir grisailler, effrangées par le vent : leur courbe  a si longtemps découpé mon ciel devant les étoiles ou les nuages. Je passe parfois la main sur leurs ralingues  torsadées , mes doigts longent leurs fibres durcies comme le contour d’un  corps mille fois reconnu  à tâtons. Comme ma mère et ma grand-mère comptant leurs  draps dans l’armoires, je caresse à mon tour  le grain du tissu .

 Nous pouvons nous reposer, nous en avons tant fait. Ce qui se passe ailleurs   ne nous convient plus ; mais les trésors d’une aube  ourlée de rose, d’un halos léger nimbant un quart de lune, d’une lumière éclatante après la pluie, sont toujours des cadeaux. Chaque fois, je tremble d’émotion devant  la splendeur ordinaire.  

 Nous choisirons  un de ces  moments pour la dernière sortie. Le port sera endormi , nous n’avons  personne à saluer. Je détacherai les amarres avec peine ,  je les laisserai à quai, nous n’en aurons plus l’usage.  Nous passerons la jetée et le phare sans un regard, nous irons droit vers l’horizon sur une mer tranquille. Nous naviguerons sans nous retourner, tout au bonheur de partager encore un fois un si grand ciel. La barre amarrée,  je me poserai contre ton bordé, les yeux clos et le corps apaisé,  je te laisserai nous conduire vers la ligne. 

Enfin, nous irons jusqu’à  l’autre côté.




Photo: Merci Julie


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23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 08:31



« Je vais chercher le chapon »

 Germaine s’active. Quel bonheur d’avoir les enfants à la maison pour ce repas  : son fils chéri, son Jean-Pascal avec sa femme, et puis sa fille qu’elle est contente de voir  aussi. Elle le lui a dit hier à son arrivée « Ça me fait plaisir de te voir aussi, Hélène ». Elle a vu son visage se défaire  , c’est bien elle ça, jamais contente, toujours quelque chose qui ne va pas. Mais  pas question de gâcher sa joie d’avoir tout le monde , surtout  Jean-Pascal, qui  a l’air d’être en forme.

 Son mari Félix devient sourd et s’impatiente facilement à table , il ne faut pas traîner pour le service. Dans la cuisine , Germaine incise  la peau rebondie ,  la sauce gicle jusque sur la vitre du four. Du coin de l’œil  elle voit sa fille , toujours aussi mal habillée, et sa belle-fille vider les coquilles d’huîtres. La semaine prochaine, elle va pouvoir lancer à  Lucienne, lorsqu’elles vont prendre le thé après leur partie de scrabble, « J’avais tout le monde pour Noël, ça m’a fait plaisir. »

Et toc ! , pour Lucienne qui passe son temps à vanter la voiture de son gendre, la maison de son gendre, le cabinet de son gendre, les restaurants où sa fille et son gendre l’ont invitée…mais qui passe Noël toute seule. Lucienne est une amie, mais elle  l’agace, surtout quand elle demande , à peu près toutes les semaines, « Et Hélène, toujours toute seule ? » , ou bien « Et Hélène, ça lui fait quel âge déjà ? »

Hélène a quarante-cinq ans, elle vit seule, elle s’habille mal, elle roule dans une vieille voiture et  travaille pour un employeur que personne ne connaît, une maison d’édition de poésie. Plus jeune elle rapportait régulièrement les ouvrages auxquels elle avait contribué, jusqu’à ce qu’elle les retrouve en bas du bahut avec les cadeaux inutiles et les bougies de Noël à demi consumées. Sa mère n’aime pas parler de  ce qu’elle fait ; les livres de poésie ça ne vaut quand même pas un bon mariage avec un avocat. Ou un dentiste, comme la fille de Lucienne (…)

 


Photo: Merci Julie

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 22:40




(…) Un après-midi  à cinq heures, juste quand  je sortais du bureau,  un cab a stoppé au bord du  trottoir devant les entrepôts de briques. Je vois encore le jaune brillant de la carrosserie devant  les murs  pourpres , le ciel d’un gris de cendres. J’ai reconnu tout de suite le bleu du costume un peu serré : Léon  était appuyé à la voiture , l’air de celui qui a une nouvelle à annoncer. J’étais surprise mais pas  vraiment. J’avais toujours su qu’il viendrait.

 J’ai rempli une valise avec ce que je possédais , le taxi a filé vers Manhattan . Glissant ses rayons en technicolor sous les nuages, notre premier coucher de soleil nous a cueillis sur le pont de Brooklynn.

On a passé notre lune de miel dans un petit hôtel, pas loin de Harlem. Notre première chambre ,  les fenêtres à guillotine , les  escaliers zigzaguant le long des briques, l’énorme tuyau de chauffage gargouillant au plafond. Nous arpentions les trottoirs habités , saluant chaque jour   le   grand vieillard qui  savourait  un énorme cigare  dans un carré de soleil, près de la vitrine du deli . Les yeux à demi-fermés,  le visage  brun auréolé du   bonheur de l’instant sous la casquette à carreaux, tournant le cylindre doré entre ses doigts, il prélevait  un   peu de chaleur sur l’hiver à venir. Devant lui , ses deux pieds sagement  posés sur la plate-forme de son fauteuil roulant (...)


Photo: Merci Julie



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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 09:39

(...)    Elle observe le roulis cotoneux des nuages malmenés par le vent. A l'horizon, le ciel grisonnant grignote la mer dans un moutonnement cendré . d'un geste lent de la main, elle essuie son visage où perlent les embruns et le crachin mêlés. Elle hume le parfum sucré de ses doigts. En bas dans les ruelles d'Etretat, alors que le ciel était encore clément, il lui a offert une gaufre à la chantilly qu'elle a dévorée, parmi les promeneurs du dimanche. Un bain de foule comme une bouffée d'oxygène. Après de longues semaines, tapie au creux de leur campagne verte et grasse, elle a aimé être bousculée par le chahut des enfants qui couraient , enivrée par l'odeur douce et tiède des crêpes et des gaufres que le vent disperse dans les rues. Elle a aimé les petites boutiques qui déversent sur les trottoirs un trésor coloré de ballons, seaux pelles et jeux , où les grappes d'enfants viennent butiner un peu de rêve. Lui, puise son seul plaisir dans la contemplation de sa jeune épouse. Insensible aux odeurs et aux couleurs (...)

Si vous avez aimé, si vous en voulez encore, cet extrait de Un dimanche à la mer de Laurence Marconi est publié avec neuf autres nouvelles dans le recueil Calipso, Passages rebelles

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Published by Laurence Marconi
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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 09:10




(…) Entassé
s dans trois voitures, ils traversent l’île sous un ciel plombé. Collines émeraude, hortensias bleus piquetés d’hibiscus puis forêts de pins avant la longue descente vers la côte. Les maisons  et les églises blanches ornées de galets semblent lavées de frais dans l’air  transparent. Le soleil a pris le dessus lorsqu’ils  arrivent au volcan ;  l’énorme dos  noir scintille, encore imberbe malgré quelques petites fleurs jaunes  . L’ancien phare rouge et blanc ternit doucement, à demi enseveli sous la lave ; la dernière éruption qui a déplacé la côte  l’a  rendu caduc.  Son remplaçant domine  la  presqu’île quasi neuve de son  allure de tour de contrôle.  Bonheur  de la marche ; rafraîchis par un léger souffle  d’Ouest  , ils suivent la falaise  par petits groupes. Un cratère ancien  incline son bord circulaire vers la surface de l’eau comme un immense bol où la mer entre  calmement . Vert tendre , comme gazonné , il devient gris  puis noir le long du flot qui creuse sa trace depuis des siècles .   A l’intérieur un bateau  de bois bleu vient doucement toquer à la paroi ,  le foc déchiré bat faiblement  à l’avant, la bôme est affalée sur le pont sans trace de grand voile. Alignés au  bord de la falaise, tous regardent et se taisent. Personne à la barre , le gréement  rague contre  la roche au risque de s’abîmer (…)

Photo: Merci Julie
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Published by Léonie Colin
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20 décembre 2008 6 20 /12 /décembre /2008 09:35

Le front du soleil  passe   l’horizon quand l’homme sort de  la pile du pont ,   il estime du regard  le ciel déjà bleu et la marée haute dans le fleuve. Une vingtaine de  mouettes à têtes noires  pêchent à contre-courant  sur l’eau satinée, quatre canes brunes louvoient vers la rive. Les arbres vibrent de chants d’oiseaux , un cormoran perché sur une balise rouillée fait sécher la  croix noire de ses ailes ouvertes. Une belle journée commence, il va relever ses lignes de fond avant le premier café. Le vert des feuilles a légèrement viré à l’or, la fin de l’été s’annonce . Il est temps de profiter de la douceur, de la lumière généreuse, des dernières framboises  et des premières mûres. Il va stocker les pommes, puis les châtaignes avant le rideau de plomb de l’hiver. Bientôt se calfeutrer, s’éclairer pour lire, lutter contre l’humidité montant du fleuve. Il remonte deux belles anguilles visqueuses qui serpentent entre ses doigts et les emprisonne dans un filet de grillage. Pas facile à préparer, l’anguille , mais les tronçons fumés et salés seront bienvenus les jours sans pêche (…)

Photo: Merci Sidonic
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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 05:43



Je rentre à vingt heures, pile pour les informations, j’accroche mon pardessus et mon chapeau à la patère. René et Charles sont déjà devant l’écran bleu, installés dans les fauteuils carrés qui flanquent l’étroit canapé. Madeleine virevolte dans la cuisine et m’accueille d’une brève caresse.

J’aime préparer le dîner, détacher les lamelles de poisson, découper des bouchées de viande blanche ou rouge que je cuisine pour nous quatre. Après le repas, ils retournent devant la télévision, immobiles et calmes. L’air endormi si ce n’était la dague d’un regard parfois lancée à travers la pénombre. Je m’approche de  la fenêtre. Derrière les pointes des grilles  qui accrochent l’éclat des lampadaires, la rondeur sombre des  fourrés agités de mouvements furtifs. Ils se croient hors de vue mais les nouvelles jumelles à  infra-rouges  reçues au bureau, raison de service, les exposent comme le ferait un projecteur . J’aime qu’ils sortent en rasant le bord des massifs sans soupçonner, parmi les centaines de fenêtres aveugles, la mienne qui les fixe. Je reconnais les habitués, je leur ai donné des surnoms selon leur allure : le serpent, la fouine, la tortue... Certains ressemblent aux ragondins dont je connais le moindre misérable secret. C’est mon métier : récolter, recouper, transmettre tout ce qui menace la sécurité intérieure (La suite)



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Published by léonie Colin
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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 07:28


(...) A mesure qu’il s’éloignait de la ville  la nuée des mobylettes, triporteurs et petits taxis s’est effacée , remplacée par une file de limousines et de 4X4   évoluant entre les bus. Malgré les embouteillages, il est arrivé plus tôt que prévu à l’aéroport ; le fronton de marbre brille  sous le ciel bleu à peine griffé de quelques traînées d’avions. Les drapeaux pendent faute de vent, les portraits du Grand Homme répètent son sourire figé tous les cent mètres. L’avenue bordée de palmiers royaux comme une rampe majestueuse  vers l’autre rive, si loin et si proche, où tout est  différent. Il va  se poster devant la large porte des arrivées pour guetter les visages des voyageurs, le cœur battant. Parmi  les regards heureux ou fermés , il va chercher ses yeux  noirs   brillant sous la mèche brune, sa  vivacité, sa façon d’emplir l’air de sa présence qui fait tourner les regards (...)


Photo: merci Sidonic
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Published by Léonie Dupont
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