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10 décembre 2010 5 10 /12 /décembre /2010 07:47

Au royaume dont la reine était mannequin, les femmes avaient le droit de voter. Une chance pour ces créatures écervelées toujours prêtes à battre des cils et à à émettre de petits cris.

Bien sûr voter ne signifie pas gouverner, les élus du Royaume étaient en très grande majorité des des hommes, d'au moins cinquante ans, cumulant de nombreux mandats et charges dûs à leur dynamisme et leurs compétences. Jusqu'à un âge très avancé.

Avec un peu de volonté les femmes auraient dû s'illustrer dans le domaine de la culture (pas seulement les Arts Ménagers, mais les autres, les Arts-tout-court). Pas de chance et manque de bol, voilà que le palmarès culturel de l'année 2010, hébergé par Radio France (la maman de France Inter, France Culture et France Musique, sanglot!) proposait un choix de personnalités reflétant le dynamisme et l'ouverture des seigneurs  du Royaume: patriarcat.jpgOn se demande si il faut rire ou pleurer devant ce catalogue.

On va rire, parce que ce que c'est ce qu'on fait depuis toujours, depuis qu'on a compris que naître fille pouvait être une mauvaise pioche. En France, naître jeune est également une mauvais pioche... Mais tout le monde ne peut pas naître vieux, c'est pas facile à faire (Quoi qu'il y ait eu à un moment des Jeunes Giscardiens, une sorte de défi...)

Alors pour se remonter le moral, on donne à Google le mot femme en Français, voilà les trois premières entrées

  1. Rencontre Femme Chaude

    Profil de femme avec Photo et Vidéo Rencontrez-les Gratuitement !
    Clic-Love.com/Rencontres-Femmes

Résultats de recherche

  1. auFeminin.com : Mode femme, Beauté femmes, Maman, Mariage, Psycho...

    9 déc. 2010 ... Le magazine féminin sur Internet : astro, beauté, sexualité, minceur, tests, quiz, mode, tendances... Conseils d'experts, outils ...
    www.aufeminin.com/ - En cache - Pages similaires
  2. Femme - Wikipédia

    Une femme est un individu de sexe féminin adulte de l'espèce humaine (Homo sapiens). Par distinction, la femme prépubère s'appelle une fille, ...
    fr.wikipedia.org/wiki/Femme - En cache - Pages similaires

Et puis on tape le mot Homme:

  1. Hommes - Citations - EVENE

    Hommes : citations sur Hommes parmi une collection de 100.000 citations. Découvrez le meilleur des citations sur Hommes, mais aussi des phrases célébres sur ...
    www.evene.fr/citations/mot.php?...hommes - En cache - Pages similaires
  2. SGA - Mémoire des hommes

    Bases de données réalisées à partir de la numérisation et de l'indexation de fiches biographiques conservées par le ministère de la défense.
    www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/ - En cache - Pages similaires
  3. Masculin.com : Magazine Mode et Loisirs pour Homme

    9 déc. 2010 ... Masculin.com : le magazine gratuit pour l'homme de son temps ! Mode, Beauté, High-Tech, Forme, Auto, Culture et Sex : Masculin.com ...
    www.masculin.com/ - En cache - Pages similaires

En anglais Woman donne women lyrics, des sites de musique, et Man conduit d'abord à un site d'emplois intérimaires.


La Patrie des Droits de l'Homme n'est pas le Royaume des femmes ...

Au fait, concernant la personnalité culturelle de l'année d'après Radio France, on ne sait pas le résultat. Tant pis.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 20:17

Depuis son enfance, la reine était très belle. Très riche et très belle.

Toute sa vie elle avait questionné le reflet  magique, le petit rond noir et luisant qui fixait sa beauté toujours, partout:

- Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle?

L'objectif tournait, brillait, et répondait - Reine, tu es la plus belle, tu es plus belle que toutes les belles du royaume.

 

Elle était magnifique et richissime, c'est pourquoi le roitelet nerveux  la choisit pour épouse. Il décida de la montrer au petit peuple près du château rose et jaune. Cernée par les caméras, la reine minauda devant les objectifs au bras de son nouvel amoureux - Miroirs, mes beaux miroirs, dites-moi qui est la plus belle?

Les zooms tournèrent, brillèrent, et répondirent - Reine tu es la plus belle, les autres reines étaient ordinaires, elles comptaient les pièces jaunes ou haranguaient les foules, elles ne défilaient pas sur les podiums. Tu es la plus belle de toutes les belles du royaume.


Fort content de sa nouvelle épouse, le roi la montrait autour de lui comme si les regards qu'elle attirait lui avaient appartenu. Il se pavanait à l'ombre de sa beauté, soulagé  que plus personne n' examinât sa propre sudation ou les tics qui le ravageaient.

 

Bien au-dessus de la médiocrité, des  polémiques quelconques, du quotidien des gens de peu, le roi et la reine parcouraient le monde dans un avion immense, parfois précédé d'un aménagement adhoc ( les aérodromes sont parfois si petits...) Leurs majestés visitaient des grottes fragillissimes et des laboratoires de biotechnologie sans cacher leurs célestes chevelures sous de vulgaires charlottes; leur nature supérieure se déployait à mesure que les mois passaient.

 

Quand vint l'heure de la réélection, le roitelet abattit son jeu: la beauté de la reine, ses tenues époustouflantes, ses oeillades appuyées, ses postures dont la modestie crevait l'écran, tous ces artifices voileraient d'un nuage sucré la réalité du royaume. Abandon des services publics, épanouissement des finances occultes, prisons honteuses, campagnes désertes, quartiers méprisés. La capitale devenue ghetto de riches, les ors de la République plus monarchiques que jamais.

A l'aube de la campagne, la reine questionna encore une fois l'objectif qui la fixait

-Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ...

reine

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4 décembre 2010 6 04 /12 /décembre /2010 09:13

Putaing con!

 

C'est vrai, il a une tête de bon géant. Dans la catégorie des ogres il est beaucoup plus gentil que celui du Petit Poucet, c'est une sorte de géant de Zéralda dessiné par Tomi Ungerer.

 

Le_geant_de_Zeralda.jpg

Il est souvent à la télé et  il a joué au foot des années; en ce qui me concerne autant dire qu'on ne vit pas sur la même planète.

  Le foot,  un truc qui fait hurler, porter des couleurs et se peindre le visage, se presser dans les embouteillages, chauffer des pelouses quand des familles dorment par moins deux ( Sullivan, élève de CE1 dans un petit village breton "Moi hier j'ai mis trois pyjamas, mon frère aussi, parce que le chauffage marche pas", deux ou trois autres dans la classe "Moi c'est pareil"), climatiser des stades dans le désert. 

Je reconnais mon inculture et je ne parle pas du pire ( corruption, dopage)

Donc le bon géant a joué au foot et il a fait du commerce: il a vendu des rasoirs, de la technologie, des bagnoles, des déodorants, des chaussures(...)  Je n'ai pas tout suivi mais sa voix rugueuse et son air ombrageux ont souvent traversé mon salon. Pas son genre de se trémousser, lui, il interpelle.

 

 

 

 

 

 

Déjà  je trouvais ça comique, le contraste entre son air inspiré et la vacuité du propos, tant de gravité juste pour faire l'article. On cherchait la chute comique, elle n'arrivait pas toujours (Bon, quelquefois quand même). Tout ça pour ça. Sur le marché du vendredi au moins ils me font marrer les vendeurs qui haranguent, je leur trouve du souffle de la gouaille et de l'allure.

Et voilà maintenant que le bon géant marchand de chaussures et de voitures devient militant, quasi altermondialiste. Il s'en prend au capitalisme, il vient nous expliquer comment nous déprendre du système bancaire. Lui. On croit rêver.

En fait, on attend la suite, c'est sûrement un effet de teazing. Il va apparaître à la télé à l'heure de la pub et lever le voile: c'était une blague, en fait c'était la première partie d'une campagne pour vendre des fringues, de l'assurance ou des téléphones.

On soupirera, soulagé  -Aaah d'accord, là je comprends mieux!

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26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 23:35

                                                  Sweet dreams

 

 

 

A la sortie du Liddle ils passent par le bureau de tabac, le sac en plastique usé s'arrondit sous le poids des bouteilles, ils ont le visage fermé, le souffle court. Ils sont concentrés, les pièces roulent entre leurs doigts souvent gourds, comme s'il faisait froid par tous les temps. Ils viennent en toutes saisons, même l'été qu'ils passent au parking; ils se ressemblent , cheveux ternes et collés, regards absents, tournés vers le dedans. Parce qu'ils vont bientôt savoir...

 

Elle se trémousse et bat des cils, la bouche arrondie en cul de poule, la voix exagérément minaudière, faussement bêtasse, faussement naïve, vraiment riche. Encore plus avec ce cachet pour un spot au deuxième, ou bien au troisième, ou quatrième degré, on ne sait plus. C'est si drôoooole pour une milliardaire ce jeu si populaire, tellement décalé, si spirituel...

 

Ils posent leur plastique par terre pour être plus à l'aise, ça ne sent pas la rose dans ce tabac, ça sent le tabac et puis aussi la crasse, l'alcool à fleur de peau et le parfum pas cher qui fait mal à la tête. Ils espèrent si fort que ça fait mal de les regarder. Même de dos.

 

La blonde  à la voix maniérée arrondit encore la bouche et fait un petit Oh, une bulle de champagne, en secouant la grille de papier coloré, comme c'est amusant cette vulgarité !

 

C'est gratté, encore perdu. Ils ne se plaignent pas, c'est comme ça. Ils chiffonnent la petite feuille et la jettent, le patron la balance avec toutes les autres derrière le comptoir, là où il y en a plein d'autres, faut pas que ça se voie. Ils ne disent rien, ils reprennent leur plastique, les bouteilles tintent à l'intérieur. Ils sortent du tabac, ils reviendront demain.

 


 

504116-arielle-dombasle-lors-du-coup-d-envoi-156x1-copie-1.jpg
La blonde roule des yeux, penche la tête, rien ne bouge sur son visage de poupée. Son corps de vieille Barbie moulé dans la résille noire se cambre encore un peu plus. Elle devrait pourtant se réjouir, sauter de joie au risque de perdre la pose, rire vraiment au risque de rider ses joues. Elle a gagné, elle. Le cachet de la Française des Jeux pour cette publicité.

christinas_world.jpg

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 14:08


 

AE1

 

Maryvonne  boutonne son manteau à la porte du salon - Bon alors j’y vais les filles, n’ouvrez  la porte à personne, votre père va rentrer à huit heures     - D’accord, à demain. On répond  d’une seule voix, ma soeur et moi.

On lit. Yolène à plat ventre sur le canapé couvert d’un drap blanc, moi   assise sur le tapis, adossée tout près d’elle . Quand elle secoue ses cheveux je sens la gifle de l’air qu’ils déplacent .

On est comme des jumelles  toutes les deux, sauf qu’il y a un an et un jour entre nous et qu’on ne se ressemble pas. Je suis arrivée la première, comme d’habitude, mais Yolène m’a déjà rattrapée en taille depuis l’été dernier. Comme d’habitude. Ses jambes ont poussé tout d’un coup , maigres avec des bosses aux genoux ; moi je suis plus ronde avec la peau brune . On a les mêmes cheveux   épais et bouclés. On s’aide à les brosser le matin. Tant que Maman est à Paris.

Sitôt Maryvonne  partie, je vais chercher deux verres de jus de fruits et  je les pose  par terre; Yolène se tourne , s’assoit et pose ses pieds sur le tapis à côté de moi. Elle a une chaussette bleue et une jaune, ça fait toujours râler Maryvonne - J’ai jamais mon compte les filles, vous mélangez tout, comment je peux tomber juste pour mes lessives ?

Ma sœur me donne un coup de coude. Je marque la page de  mon livre, trois romans par semaine,  j’adore lire mais ce que j’aime le plus, c’est quand nous sommes seules toutes les deux dans la maison après l’école. Quand  Maman est là, on fait nos devoirs à cette heure-là, dans notre chambre. On la rejoint  dans le salon pour les lui montrer ou lui demander de l’aide. Elle a sa manière à elle, pas du tout comme les profs, une fois qu’elle a expliqué c’est pire qu’avant, on n’est plus sûr de rien et en plus on n’ose pas le lui dire. Mais ça fait rien, on aime bien qu’elle nous aide. Ce qu’on adore le plus, c’est après, quand on a terminé : elle se met au piano et elle chante. Pas pour travailler, spécialement pour nous. Rien que d’y penser, j’ai l’impression que mes poumons se gonflent tout seuls pour un drôle de soupir coupé en morceaux. Yolène est comme moi, c’est trop de bonheur quand on est toutes les trois. Toutes les deux c’est bien aussi, on en profite pour travailler boire et manger dans le salon en se tenant très mal, vautrées, allongées, les pieds sur le canapé. L’appartement est à nous. Déjà quatre mois qu’on en profite .

Je me lève, Yolène  attrape la petite nappe brodée par un coin et la fait voler  sur le philodendron qu’elle recouvre comme un voile. On dirait  une mariée au visage  vert et tordu. Le couvercle   du coffre d’osier grince, les foulards  brassés la dernière fois  dessinent une boule soyeuse de toutes les couleurs. On les jette  tout autour de nous. Le tissu  brillant apparaît dans l’ombre, je  saisis la robe par les épaules  et je la brandis  en me relevant, le bas de la  jupe frôle le tapis malgré mes bras tendus. Yolène me la prend  et la fait tourner ; comme elle est plus grande, ça traîne moins. J'ai une envie terrible de la voir vêtue du satin bleu , l’encolure arrondie sur ses salières creuses , les  plis froncés autour de sa taille mince  -S’il te plaît, mets-la, Yolène alleeez. Elle cesse de tourner et me regarde, les yeux noirs - Non, je ne veux pas ! Je suis en colère, j’ai tellement envie de voir bouger la robe comme si elle allait prendre vie, ma sœur se fâche à son tour - Je ne la mettrai pas et c’est tout, laisse-moi !

Elle la jette dans le coffre resté ouvert et part en courant, renversant un verre sur le tapis. J’ai envie de la poursuivre, de lui demander encore, mais le réveil sonne sept heures et demie, l’heure d’allumer le four. Papa va arriver (...)

 

Source de l'image

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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 07:41

 

Un texte de Benat Laneguine et Marie. Pas de pitié pour nous autres les vieilles grosses et moches...

00785386-photo-affiche-bonnie-and-clyde.jpg

Bonnie and Clyde  

   
Adossés au mur de l’immense temple protestant dominant la ville de Brainstone, Bonnie et Clyde se préparent à commettre leur premier méfait, un coup d’une simplicité déconcertante. Tout est calculé, même les rondes du shérif sont répertoriées dans un vieux cahier d’écolier. Cela fait des semaines qu’ils observent les habitudes de chacun, les allers et venues des clients. Des semaines qu’ils dessinent les plans du magasin et de ses alentours tout en imaginant le scénario qui sera le leur. Tout est prêt. Le risque zéro est assuré.
Le jour tant attendu arrive enfin. Un soleil de plomb assomme la ville. Dans les rues, il n’y a pas l’ombre d’une âme. Clyde réajuste son panama après s’être essuyé le front avec son mouchoir. Bonnie replace les plis de sa jupe, remonte ses chaussettes et se recoiffe. Ils sont calmes, concentrés. Les traits de leurs visages sont à peine tendus. Après avoir échangé un dernier regard, ils partent chacun de leur côté. 
Comme tous les mardis, Angela tient seule l’épicerie. Son mari vaque à d’autres occupations. Ce coup-là sera facile cependant ils savent que d’autres viendront où coulera le sang. Les battements de leurs cœurs s’accélèrent mais leurs mains ne tremblent pas. C’est leur destin. Une montée d’adrénaline les envahit. Maintenant, le couple joue dans la cour des grands. Ils n’ont peur de rien, leur instinct les guide. Bonnie et Clyde sont pour nés pour braquer.
Ils approchent en silence.
Devant l’entrée, la patronne somnole sur son rocking-chair. Ses mouvements sont lents, ses kilos sont là. Ses cheveux gris et graisseux collent à ses tempes. Sa robe épouse avec difficulté ses formes débordantes. Sa canne repose à ses côtés. Bonnie grimace en regardant ce tas informe affalé au fond du fauteuil à bascule. Clyde s’en moque. Il arrive tranquillement sur le côté du bâtiment, les mains dans les poches.
Il a pour mission de voler. Elle, elle doit maîtriser la vieille impotente.
Les ronflements de l’épicière couvrent les légers bruits provoqués par leurs chaussures. Clyde passe par la fenêtre pendant que Bonnie saisit la canne. Il trouve aussitôt ce qu’il est venu chercher, s’en empare puis s’éloigne en direction du temple. Un doute, le retient. Il tend l’oreille et reste aux aguets.
Bonnie lève son arme et le coup part en plein dans la tête. Puis, imperturbable, elle rejoint l’homme de sa vie. Il est surpris, jamais elle n’avait perdu la raison.
— Pourquoi l’as-tu assommée avec sa canne ? demande Clyde
— Elle ronflait trop fort ! répond malicieusement Bonnie, une étrange lueur dans les yeux.
Elle esquisse un sourire, l’embrasse rapidement. Le temps presse. Ils sautent sur leurs vélos et décampent avec leur butin.
Bonnie, neuf ans, et Clyde, dix ans, ont trois kilos de bonbons dans leur musette et un palmarès à venir.

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 17:30

 

Lucie s’est assise devant sa porte. Au soleil. C’est un doux soleil d’hiver-printemps — de ces soleils où l’on perçoit si fort la fragilité des jours qu’on en est ému jusqu’au tréfonds de l’âme. On est bien peu de chose.

Elle a laissé ses deux mains sur son tablier et regarde autour d’elle. Sans bouger. Elle jouit paisiblement de l’instant. La vie est si courte.

Le facteur arrive — un jeune qui vient de la ville d’à côté — mais brave.

— Eh, bonjour, qu’il dit. On prend le soleil ? Et toujours la forme, à ce que je vois. Vous nous enterrerez tous.

— Oh, on dit ça…

Et il lui tend le courrier. Le journal !

— Merci, merci beaucoup.

— Pensez donc…

Il sourit… Une bonne vieille, cette Lucie. Tout le monde le dit.

 

Lui parti, elle ouvre. Elle s’est précipitée aux dernières pages : rubrique nécrologique. Et là, elle déguste… C’est une gourmande, Lucie…. Ah ! Oui, le Marcel… Eh… le voilà ben parti, celui-là. Faut croire que c’était son tour.

Bien sûr, elle le savait déjà… Dans les villages, on parle. Mais, là, de le voir écrit, ça lui donne du vrai, du certain, de l’important… C’est pas tous les jours qu’on est dans le journal.

Elle vérifie la date de l’enterrement. Non qu’elle l’ait oubliée. Elle se rassure. Oui, oui, c’est bien ça. Et déjà dans sa tête, elle se prépare… Bien, bien, se dit-elle. Et elle s’attarde sur le plaisir qu’il y aura à l’accompagner, le Marcel, jusqu’à son trou. Marcel, elle l’a connu môme. À la communale. Quand ils n’étaient encore que des drôles. L’était à peine plus vieux qu’elle, un « grand », à l’époque… Le temps a  passé depuis.

*

Voilà. C’est fini. Une belle cérémonie. Et le curé a bien parlé. Elle a signé le livre, serré des cuillères et des pinces et gardé tout du long un air grave. Le bonheur à l’état pur. Maintenant, elle se rend à l’autre bout du village, avec les autres. C’est là qu’est sa maison, au Marcel. Chemin faisant, on parle de lui. Et bientôt, ça te fait un vacarme dans le village ! C’est toujours pareil…

On se rappelle des choses qu’il a faites. On dit du bien. Un peu de mal aussi. Pas trop. C’est pas le jour. Et puis, le Marcel, il a jamais été franchement mauvais. Gamin, peut-être, un peu, mais après ?… On se rappelle en riant la fois où il avait volé les billes au… Et on se raconte les jupes qu’il soulevait à la récré, pour voir les cuisses des filles… Ça lui est bien passé… On avait presque oublié…

C’est égal, une bonne journée, qu’elle se dit, la Lucie…

 

Elle a vu dès l’entrée l’abondance des brioches. Et leur bonne odeur chaude et sucrée lui monte au nez et lui chatouille agréablement la gorge. Dans une soucoupe, quelques pralines et des dragées. « Tiens, qu’elle se dit, comme pour un baptême. On fait plus tout comme avant. » Mais du moment qu’il y a la brioche… et, partout, sur les nappes blanches, des cafetières pleines, le café qui embaume, et toutes ces gourmandises…

Mais l’essentiel c’est la brioche. Pas un enterrement sans elle.

Encore que celle-là ne vaudra sans doute pas la sienne. On va lui dire « Ça vaut pas la tienne, Lucie »… Pourtant on ne lui a pas demandé de la faire… Elle n’est pas de la famille.

20070107_brioche-cannelle.jpg

*

Elle a remonté la grande allée du village, pour se rendre à l’église. Bon sang, qu’il fait froid ! Bien trop pour la saison. Pour un peu, on se croirait ’core en hiver. Elle aurait dû prendre un manteau. Elle tire ses lunettes de sa poche et se penche sur le grand portail. D’habitude, c’est là qu’on les affiche. Mais rien. Encore personne. Elle est déçue.

Elle entrerait bien dedans, puisqu’elle est là, mais c’est fermé. On n’ouvre plus guère que pour les enterrements. Sinon, elle aurait fait le tour des allées, à renifler l’odeur des cierges et celle des murs, cette bonne odeur d’humide et de froid… Elle aurait prié un peu, aussi, assise sur un banc… Elle aurait demandé, peut-être… Mais non. Ça, ça ne se demande pas… Quand même pas !

*

Le soleil est revenu. Et Lucie travaille au jardin. Elle taille les forsythias. Elle pense à son Jean, lui qu’aimait ça. L’est plus là pour en profiter, l’pauvre vieux…

Pour sa cérémonie, elle se rappelle, elle lui avait cuit de belles brioches : dorées, croustillantes au dessus, et moelleuses au-dedans… et parfumées. Les meilleures qu’elle ait jamais faites. Déjà que c’est elle qui fait les meilleures… Et tous, ils étaient là à s’extasier : « Tes brioches, la Lucie, c’est les meilleures. » Elle avait envie d’en rire. Elle pouvait pas, quand même… À cause du Jean. Mais ça lui faisait joie de les entendre.

C’est sa mère qui lui a appris la recette — il y a longtemps. Elle y met… et aussi… Même en pensée elle ne peut pas le dire. C’est un secret. Et, un secret, ça ne se dit pas. À personne.

Le facteur arrive. « Alors ? » elle demande.

— Alors quoi ? 

Elle hausse les épaules. Il ne peut pas comprendre. Un jeune. Et, en plus, il n’est pas d’ici.

Lui parti, elle ouvre son journal. Dernières pages.

*

Au village, on raconte que la Simone va pas trop bien, vraiment pas. Une presque cousine, la Simone. C’est sans doute elle, la Lucie, qui lui fera la brioche. Les liens du sang, et puis, sa brioche, c’est la meilleure…

Vite, vite, se préparer. Vite, vite, s’en aller à petits pas. Croiser les gens et dire « bonjour, bonjour » d’un air pressé, pour pas s’attarder. Vite, vite, frapper et entrer sans attendre. Vite, vite…

— Bonjour, la Simone, comment que tu vas ?

— Bien, bien qu’elle réplique la vieille.

— Ah ? qu’elle répond la Lucie, déçue.

Elle pense à sa brioche.

 

La Simone s’est levée. Elle a presque bonne mine, très bonne mine, même. Lucie ne voit que ça. Et lui en veut : — Alors, te v’là donc debout ?

L’autre peut ben croire qu’elle en est contente. Chacun comprend comme il veut. Tout de même, la Simone, elle aurait bien pu… à son âge…

Pour la punir, elle reste pas. Elle dit qu’elle a à faire. Ça lui apprendra ! Et elle part au cimetière. Là-bas, on est sûr de rencontrer du monde. Et que je te gratte, le cul en l’air, et que je te rafraîchis l’eau des fleurs, et que… Surtout, on relit encore et encore les plaques, les inscriptions. On se souvient et on cause… Celui-là, c’était le fils… et cette autre, la sœur à… Et on se rappelle ses ancêtres à soi, dont le nom est écrit partout… On sait qu’on finira là, avec les autres.

Quand elle pousse la porte de fer rouillé, le vantail grince. Personne n’aurait l’idée d’y mettre de l’huile. Il y a bien assez à œuvrer avec les tombes.

D’abord, elle en fait le tour — sa visite de courtoisie — et elle s’arrête auprès des dernières, les plus fraîches. Mais il n’y en a guère ces temps-ci. On dirait que les gens ne veulent plus mourir. Il lui semble qu’avant… Quoique, c’est pas vraiment la première fois… déjà, à l’époque du Jean…

À ce moment, elle entend la porte couiner. Deux fois : une à l’ouverture, une à la fermeture. Tout le monde la referme, la porte. Pourtant, ici…

Elle se met vite, vite à gratouiller la tombe de ses parents, mais y a rien à gratter. Son Jean, c’est pareil. Elle est sans cesse fourrée là. Elle attend seulement qu’on lui dise : « Eh, Lucie ? » et c’est ce qui se produit : — Eh, Lucie, toujours à gratter les tombes ?

Alors : — Ma foi, oui. Rien de neuf ?

Et ils savent tous ce qu’elle veut dire.

*

Décidément, ça va mal.

Elle a encore été faire un tour voir sur la porte de l’église. Rien. Pas un ! La pénurie !

Dans le journal. Rien non plus. Dans les rues, à l’épicerie ambulante, au cimetière, partout où l’on cause. Rien. Pas un qui se décidera ! Ça fait des mois.

Du coup, elle est retournée chez la Simone, au cas où. Et l’autre, cette toquée, elle a eu le culot de lui demander : — Eh, ben, la Lucie, tu nous fais pu de ta brioche ? L’est pourtant bien bonne.

— J’ai pas l’occasion… J’ai pas l’occasion…

— C’est quoi qu’t’y mets d’dans ?

— Ah, ça…

Elle va tout de même pas lui dire ! Si encore elle faisait un effort. Mais là, non, vraiment, elle exagère : — J’te dirai ça plus tard.

Peut toujours attendre…

*

Lucie tourne en rond. De plus en plus. Les jours lui semblent longs, moroses, tristes à pleurer. Elle ne sait plus quoi faire de son corps.

Elle tripote la farine, le sucre, l’eau de fleurs d’orangers… Elle compte et recompte ses œufs. Vérifie s’il y a du beurre au frigo… Nettoie ses moules. Soupèse la bouteille de gaz. S’agace.

Elle va même en parler à son Jean, au cimetière. Il n’a jamais été bien contrariant. Il la contrarie pas. L’a jamais contrariée. Elle raconte. Ça la soulage un peu. Il répond pas. Mais avant non plus. Il écoutait. C’est tout. Elle, ça lui suffisait… Elle l’aimait comme ça, son Jean. Aussi, la brioche qu’elle avait faite pour lui, elle l’avait faite en pensant à lui très fort. C’est pour ça qu’elle était si bonne.

— Hein, tu te rappelles ? qu’elle dit.

Non, bien sûr, il ne peut pas.

Elle reste encore un moment auprès de lui, sans plus rien dire. Elle laisse vaquer ses pensées…

Et c’est comme ça que…

*

Ça y est. Elle a mis son grand tablier, son tablier des brioches, celui qu’enveloppe bien, couvert de farine et de gras, des vieilles taches. Rien que d’être vêtue comme ça, elle a senti le bonheur tomber en elle.

Et maintenant elle te façonne la pâte, avec cette joie du geste juste et une infinie tendresse — un déversement de tendresse — pour ce mélange de farine et d’eau. Elle écarte grand les narines et s’enivre du parfum bouleversant du levain. Elle grappille et goûte, du bout des doigts et de la langue, un peu de pâte et l’ajuste, la corrige, la rectifie. Elle la couve d’un œil amoureux, tandis que lentement elle repose. Elle hoche la tête. Oui, oui c’est bien ça. Sûr, elle sera bonne.

Et elle se voit à la cérémonie… Les cierges qui fument, le sermon, l’eau bénite, le catafalque tendu d’un drap noir, la tombe ouverte, l’odeur de froid et d’humide, et la marche lente à travers le village. « C’était une brave femme en somme, la Simone. A vécu une belle vie. Et longue… — Oh, pour ça…» Et la maison, où tiédissent les brioches, et le café qui embaume, qu’on déguste dans de jolies tasses — celles du beau service — pour la défunte, en son hommage et, buvant, on pense à elle. Elle aurait sans doute apprécié. « Un peu de brioche ? — Oh, volontiers, elle est si bonne ! » Et l’on se souvient… D’elle et des autres avant elle et plus longtemps encore… Ces choses que nous ont raconté nos parents, nos grands-parents et ce que leurs anciens à eux leur ont raconté quand ils n’étaient encore que des gosses, toute cette mémoire du passé tirée un instant vers la vie… Et on reprendra de la brioche, parce qu’elle est si parfumée et tellement mœlleuse et que depuis toujours on mange la brioche pour accompagner les morts qui s’en vont.

Elle entend çà et là les convives s’extasier : « Cette brioche !… Il faut dire que la brioche à la Lucie… C’est la meilleure… Pour sûr… J’en reprendrais bien un peu…»

Et Lucie malaxe, triture, façonne… Elle est heureuse.

*

Elle a revêtu ses habits de fête. Sa robe noire, la longue. Et elle a mis un châle sur sa tête, noir également, en dentelle — il lui vient de sa grand-mère. Elle n’a pas oublié d’emporter une petite laine — on a vite fait de prendre mal dans ces vieilles églises.

Elle rejoint la famille et se glisse dans le groupe de tête. Simone, c’était presque une cousine. Et la voilà partie… Tout de même, à son âge, il était temps qu’elle se décide… Mais, bah, elle est partie heureuse. Avec la recette de la brioche… Lucie a fini par la lui donner — un secret qui lui venait de sa mère et avant elle de la mère de sa mère. À personne d’autre elle l’a jamais donnée, sa recette. Même au Jean, le pauvre vieux. Pourtant, la Simone, c’était qu’une presque cousine… mais elle était si vieille, pouvait bien faire ça.

Et quand la Simone elle a goûté la petite brioche qu’elle lui avait faite rien que pour elle — « Goûte voir si tu reconnais les ingrédients » — elle a été toute contente et elle a constaté : « Ta brioche, la Lucie, c’est vraiment la meilleure. »

 

La pauvre vieille, elle est partie satisfaite, la bouche encore pleine, tout comme avait fait le Jean. Elle était en train de dire : « Celle-là, j’crois ben qu’elle est encore meilleure qu’ les autres. » Ç’a été ses derniers mots.

 

                                                                              Annick DEMOUZON

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10 novembre 2010 3 10 /11 /novembre /2010 12:48

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 Sourire rouge et regard noir, la femme qui l’accueille   porte bien ses cinquante ans. Sa convocation au bout des doigts, la nouvelle prononce les mots préparés dans l’escalier :

-         Je viens de la part de l’agence, le service m’a recrutée pour…

-         Voici votre local.

Levant à peine les yeux de son écran, la secrétaire désigne du  coude  une porte entr’ouverte. Papiers dispersés, ordinateur démonté, murs défraîchis. La voix de la femme monte vers l’arrivante :

-         C’est un peu en désordre, ça fait trois mois que la précédente nous a quittés. On n’a touché à rien.

 La nouvelle entre seule, marche vers la fenêtre et jette un coup d’œil : trois étages à l’ancienne, le parking semble loin sous le  parapet minuscule. Elle pose son sac sur un coin de bureau et son imperméable sur le dossier de la chaise . Deux manteaux  se déploient déjà à la patère de l’entrée, elle n’ose pas approcher son vêtement de leurs plis sombres. Des éclats de voix lui parviennent, quelqu’un d’autre travaille ici. Elle longe un couloir, son arrivée dans la salle de réunion interrompt  le double éclat de rire de la secrétaire et d’ une  femme de son âge assises l’une contre l’autre. Leur joie partagée  se fige et glace à la minute où elle croise leurs regards  Les deux corps se raidissent, les yeux la vrillent en silence. Une cafetière et deux tasses signalent la pause, une voix atone  laisse tomber :

-Vous voulez peut-être un café 

Elle n’aime pas le café,  aimerait plutôt savoir qui est qui, où sont les toilettes et ce qu’on attend d’elle…Mais accepte .

- Ici il y a une bonne ambiance, annonce la secrétaire, toutes les deux on s’entend bien, pas vrai Monique?

La phrase sonne comme une menace. Cheveux gris coiffés en brosse, visage rouge aux traits tirés, la comptable la fixe derrière ses lunettes. Sous les prunelles couleur de flaque limoneuse, l’arrivante  se sent drapée d’un voile visqueux.

-         Ça va faire du bien d’avoir de l’aide, on  est débordé, et puis une belle blonde dans un bureau c’est un plus ! 

Ricanement à l’unisson, elles  se lèvent et quittent la pièce du même pas.

La porte d’entrée s’ouvre sur l’homme, le chef. Son écharpe et sa veste accrochées à la patère, il traverse le couloir vers elle, confuse d’être  surprise  une tasse à la main pour ce premier contact.

-         Vous avez été mise au courant ?

La poignée de main molle et chaude, à la limite de l’humidité, le regard fuyant, il a déjà tourné les talons.

 

(...)

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 16:09

 

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Retenir son souffle

 

 

Cette femme à l’ombre du vieux saule, je ne vois qu’elle.

Quand je l’ai connue, trente ans nous séparaient. Ils nous séparent encore, avec – me semble t-il – une cruauté nouvelle. Ses cheveux – pour lesquels, quand je n’étais qu’un jeune homme, elle fabriquait chaque jour de si désirables chignons – ont blanchi et dans l’ocre de ses yeux brille désormais une sorte de copeau de lune. C’est une âme languide mais sa voix - le chant d’un colibri dans la jungle, disait-elle – n’a en revanche rien perdu de son charme. C’est une source chaude. D’où je suis, je l’entends qui fredonne en lisant. Je souris à mon tour.

Entre ses mains, elle tient mon premier livre. Ce n’est pas rien. J’ai toujours attendu cet instant. J’en ai même rêvé. Aussi suis-je à l’affût – d’un geste, d’un sourire – comme je l’étais, jadis, quand du haut de son estrade elle venait éclairer pour nous l’obscur chemin de la littérature…

 

Je ne suis pas rassuré. Il ne faudrait pas qu’une ombre se saisisse de ce si doux visage. Ce serait me gâcher mon plaisir. Par chance, je croise son regard et quelque chose me dit que je n’ai rien à craindre...

 

Tout à l’heure, quand la chaleur couchera à plat toute la plaine, dans l’ombre élargie du vieux saule, elle se reposera un moment. Alors, sans un mot, je la contemplerai. J’aurai pour elle, à cet instant, la tendresse du fils et de l’amant que je n’ai pas été. Sur la pointe des pieds, je m’approcherai d’elle. J’enlèverai mon livre, resté sur ses genoux. Sa petite main s’y accrochera une seconde mais elle finira par me l’abandonner. Alors, en prenant soin de ne pas l’éveiller, je rajusterai le châle sur ses épaules.


Plus tard, il ne faudra pas pleurer. Parce qu’elle me l’a juré, il y a très longtemps de ça, quand j’étais son élève et que je n’avais qu’à suivre la route qu’elle ouvrait pour moi, rien ne sert, face aux chagrins qui s’annoncent, de se lamenter. Il faut vivre l’instant présent, aimer jusqu’au bout et – pour que tienne debout, le plus longtemps possible, le fragile édifice de nos petits bonheurs – à tout prix retenir son souffle.

 

Alain Emery

 

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:45

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Son souvenir me hantait depuis vingt ans et voilà qu’aujourd’hui, je la croise.

Cette jolie blondinette m’a fait tourner la tête à l'âge de dix-sept ans.

Je me souviens de sa robe bleue et du nœud dans ses cheveux que j’aimais défaire.

Son gros chat venait souvent s’intercaler entre nous deux, jaloux de notre amour naissant. Elle m’a posé un lapin pour un rendez-vous et je ne l’ai pas revue jusqu’à ce jour.

Elle paraît avoir forci. Ma chère Alice a trop abusé des merveilles.

 

Benat Laneguine_________________
Cnaedr en agort ne sfigiinie pas equnuue

 

 

 


 

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