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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 18:04

 

 

 

29-mars-09-038.jpgPremière empreinte

 

 

C'était la première fois qu'il la sortait, la moto bleue. Je me souviens, j'étais allée la chercher avec lui, pas loin de Grenoble.

Il est parti un dimanche matin avec ses potes – on aurait dit un gamin.

Moi, ça me faisait rire de voir mon papa faire le gamin.

 

Je ne l'ai revu que trois semaines plus tard, à sa sortie du coma.

 

Je crois que je ne savais pas quoi penser de tout ça, alors je ne pensais pas. J'attendais qu'il rentre.

Ça a mis huit mois.

 

Tu sais, on était tous tellement contents, et en même temps on avait peur, il avait l'air si fragile tout d'un coup, ça me faisait drôle de me dire qu'il allait falloir que ce soit moi maintenant qui le protège.

 

Il est rentré. Et pour la première fois aussi j'ai vu mon papa pleurer.

 

 

Depuis, j'ai appris plein de mots que les copains ne connaissent pas.

Fauteuil. Transfert. Coussin. Sondage. Kiné. Douleurs neuro. Spasticité. Incontinence. Antidépresseurs. Séquelles. Incapacité. Escarre.

 

Mais je n'en parle à personne parce que ces mots-là, les dire ne traduit rien : il faut les vivre pour les comprendre.

 

Tu vois, ya que dans les films qu'il y a une fin – soit le héros guérit, soit il meurt.

Nous, on sait que tous ces mots-là contiennent l'empreinte amère de la condamnation à perpète.

 

Emma

 

 

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 19:19

  Petit tour à Ithaque de Jean-Pierre Goudard, je ne l'ai pas lu, pas encore. Je l'ai posé sur mon bureau avec tous les autres (mon bureau disparaît sous les livres) et la grande Véro, qui est peintre, l'a tout de suite repéré de son oeil de lynx bleu (Vous n'avez jamais vu de lynx bleu?) , elle l'a pris parmi tous les autres , "Je te le rends..."

- OK Véro, bonne lecture, mais moi j'ai promis d'en parler de ce bouquin, il a l'air génial. Il ne se contente pas d'être doux sous les doigts comme une peau de bébé (en plus sec), de présenter caractères et couverture à la Henry des Abbayes (CAD simples et beaux), de contenir une litho originale, mais  c'est une longue nouvelle épatante dont je vous parlerai dès que je l'aurai lue. Michel Gravil est conquis:

 

 

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   Après un premier livre trop rapidement épuisé  voici donc, un an après, le deuxième volume des nouvelles de Jean-Pierre Goudard, orné comme l’an dernier d’une superbe lithographie originale, une composition abstraite du peintre breton Eric Brault et tirée en quatre couleurs.  Un très beau volume de bibliophilie, sur papier Arches, numéroté et signé, cette fois sur 300 exemplaires. Jean-Pierre Goudard pour sa part s’y affirme comme un excellent novelliste, intelligent, drôle, jamais pédant, toujours incisif, réussissant à allier sa très grande maîtrise de la littérature anglaise à une langue française à la fois souple et décomplexée. Ce Petit tour à Ithaque ferait-il encore référence à Joyce, mais cette fois davantage à Ulysse qu’au Dubliners ?...C’est possible, mais le charme de cette écriture, c’est justement qu’elle se dérobe au moment où elle se donne. A l’image sans doute des figures féminines qui la rythment. Tout y est clair, parfaitement intelligible, et tout se refuse pourtant à une plate intelligibilité. C’est à mes yeux la marque des meilleurs écrivains.


 Michel Gravil

 

Auteur : Jean-Pierre Goudard
Format : 16X22 cm, papier "Poussière de lune" lithographie d'Eric Brault cousue dans le livre.

A commander par mail, téléphone ou courrier à Henry des Abbayes. Beaucoup de lecteurs de ce blog savent qu'en lui envoyant un chèque, ça marche. Moi, je l'ai vu faire, il range le chèque dans sa caisse d'acajou et il vous fait un paquet avec le livre, le port est compris. Beaucoup d'entre vous ont acheté les Contes malpolis comme ça, ça marche bien! Son blog est par là

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 16:02

 

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Matin

 

Il y a d’abord ce frôlement de la toile. Le pas de Tutur sur le sol. Le glissement des pantoufles.

Les sabots. Tutur a laissé ses charentaises près de l’entrée. Il se faufile par la porte. Un souffle. Léger. Le rideau de perles a frémi. Cliquetis maigrelet : Dingueling. Non, même pas. Juste un chuintement mou qui s’éteint, dou – ce – ment.

Odile a pensé aux vagues, sur la plage, et aux coquillages.

Elle sourit. Elle n’ouvre pas les yeux ! Elle sait que dehors il fait nuit encore. Tutur  va fermer le cellier. Dedans, il fait frais et sombre. Et ça sent la terre humide, la pomme et le fromage. Après, Tutur ira…

Odile se rendort.

 

Alors, plus tard — un peu, beaucoup plus tard, elle ne sait pas. Plus tard, un peu, beaucoup… Mais plus tard. Le chant des oiseaux. Tireli, Digueli, Tututut, tututut, elles rougiront elles rougiront, les cerises. Les cerises… rouges, dodues, croquantes et juteuses. Mm… Demain. Tout à l’heure, nous irons cueillir les cerises.

La petite ne se rendort pas. Ils mangeront des cerises !… Elle écoute.

Le chant des oiseaux. Ce chant est pour elle, en elle. Lui parle. Tireli, Tututut, Bonjour, bonjour, Odile. Il fait beau. Il fait beau. La journée sera belle. Odile, Odile, la journée sera belle.

La petite sourit. Elle sait : la journée sera belle. Nous irons cueillir des cerises.

Mais Odile reste blottie dans son lit.

À sucer son pouce.

Son pouce a goût de lait et de miel. Odile pense à maman. Dormir encore. Faire semblant.

 

À travers le store tiré, le soleil a dit : Je me faufile. Et il s’est faufilé. Le jour est là. Odile a ouvert les yeux — un peu. Regarde. Le soleil sur les murs, le soleil sur la pierre de l’évier, le soleil fripon — si, si, elle le connaît, celui-là — qui fait luire, un peu, si peu, mais tout de même, l’eau du seau posé près de l’évier. Le soleil qui vient jusqu’à son lit et la taquine. La caresse. : « Odile, Odile, c’est moi. » Odile s’amuse. Et la lumière venue joue avec elle et bonjour, bonjour, debout, debout. C’est le matin.

— Non, non, pas debout, a dit Odile, je dors encore.

Et Odile dort. Fait semblant. Le lit est confortable et douillet. Odile est si bien.

 

Liline s’est levée. Doucement, elle remue les casseroles, fait chauffer le lait et l’eau du café. Le lait fume. Odile ne le voit pas, mais Odile sent sa bonne odeur de velours se lever dans la pièce. Mm…

« J’ai faim », pense Odile. Mais dormir encore.

Sur la toile de la table, Liline a posé les deux bols. Odile a entendu le choc mat de la faïence contre la toile. À côté, Liline a aligné les cuillères, le pain, la confiture. Odile a entendu le papier cellophane qu’on enlève et qui frissonne. Et Odile aussi frissonne. De plaisir. Liline prépare le petit déjeuner.

Odile devrait se lever. Il fait beau et… Elle se replie sur elle-même, boule toute chaude dans son petit lit douillet. Encore un peu.

Liline a laissé couler l’eau dans la cafetière, à petits jets. Les gouttes du café tombent : ploc, ploc. La pièce a goût de café, odeur de café, parfum de matin qui se lève. Et celui du lait.

Et le soleil s’amuse à travers les volets.

 

Alors, Odile ouvre les bras, s’étire. Elle plisse un peu les yeux. Elle se sent toute molle encore. Et le lit tout chaud.

— Bonjour, Liline

— Bonjour, Odile, répond Liline. Viens vite, ton lait est prêt. Arthur est au jardin. Tout à l’heure, nous irons cueillir des cerises.

 

Annick Demouzon

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 20:41

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Hier à Jugon les lacs, petite cité de caractère entre Dinan et St Brieuc en Côtes d'Armor, c'était la deuxième édition du concours de nouvelles (intitulé sobrement : concours de nouvelles de Jugon les Lacs)

A l'issue d'un vrai beau concours avec plus de deux cents cinquante participants me semble-t-il, quatre lauréats étaient présents malgré les grèves: deux venaient d'Isère et un de Savoie. Un troisième resté coincé en route à Lyon avait prudemment rebroussé chemin.

Malgré ces aléas, malgré la concurrence d'un gros salon, malgré le vent , ce salon modeste et génial ( formule empruntée mais  adéquate)  fut une réussite. L'occasion de rencontrer les reines de la bibliothèque, Isabelle et ses copines, multitâches et super compétentes: lectures, choix judicieux, délicieux gâteaux, accueil souriant. Dans le décor noir et blanc tip-top, on avait envie de repartir avec les bannières de l'entrée (Mais on sait se tenir, quand même)

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  Gaëlle Pingault était  venue en voiture, histoire d'arriver à bon port,  l'occasion pour moi de me faire dédicacer son épatant recueil de nouvelles On n'est jamais  préparé à ça (Quadratures). Le président, Alain Emery, a mené rondement l'affaire jusqu'au bout de la nuit. On a apprécié ses discours d'abord et ses lectures, un peu plus tard. J'ajouterai le palmarès du concours et les liens avec les textes dès que je les aurai récupérés. En attendant  je joins quelques photos où vous pourrez retrouver dans le désordre: Alain Emery, Gaëlle Pingault, le premier prix du concours (avec Les valises, texte magnifique!), Yvonne Oter, Jean-Clause Touray, la lauréate du deuxième prix . Côté visiteurs, on aurait dit que le forum Maux d'Auteurs se matérialisait: P'tit Lu, Armorique, François Aussanère...J'en oublie et pas des moindres. On a partagé des émotions, des rires,  une pensée pour Tonina qui concourait à Douai, pour Tyu qui y triomphait, une inquiétude pour Coline qui manquait à l'appel, des adresses, quelques verres.

Voilà, un concours hautement recommandable à qui on souhaite longue vie.

 

 

 

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 08:51

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                                               Les nuits de Léonie

Léonie peaufine … Le halo blond de la lampe dessine un rond sur la table acajou. A la lumière de cette pleine lune, son stylo vagabonde. Léonie veille sur les mots assoupis sur le papier. Croqueuse de rêves le jour, marchande de sable la nuit, elle laisse dormir les mots doux, ceux qui ont su s’enfouir, se nicher à flanc de phrase, se tailler une place de choix dans la chair du texte. Les mots fous, elle les réveille, les bouscule, les malmène. Ceux qui se prélassent dans le gras de la page, elle les biffe, les griffe. Pas de pitié pour les mots-dits condamnés à être effacés. Elle n’a que faire des mots-sad qui sont tristes à pleurer, elle ne garde que les mots-cœurs qui sourient dans l’épaisseur de la nuit. Parfois, Léonie lève le stylo pour reposer ses doigts engourdis, elle pose alors son regard sur les toitures aux ardoises luisantes de lune, puis le laisse glisser jusqu’à la mer, où il se perd ….

 

Laurence Marconi

 

 

 

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 00:25

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-Vous êtes arrivé à destination

La voix synthétique du Guidage Par Satellite confirme une dernière fois sa position.

Le conducteur se gare le long de la haie, les graviers blancs crissent sous ses pneus, il coupe le contact et détaille l’entrée avant de sortir de voiture.

La pancarte de la chambre d’hôtes disparaît sous le chèvrefeuille en fleurs, échevelé et charmant comme le reste du jardin. La  façade de pierres claires, les volets de bois orangé, la double porte d’entrée ouverte, tout semble vouloir l’attirer dans ce lieu inconnu et  familier. Il a l’impression d’avoir vécu ici, d’avoir foulé ces allées accueillantes dans son enfance. Il sait que ça n’est pas le cas, mais il aurait drôlement aimé cela.

L’apparition qui se matérialise sur l’allée confirme son impression, c’est LA grand-mère, celle que personne n’a jamais eue mais que chacun reconnaît au premier coup d’œil : joues roses, petites lunettes d’or derrières lesquelles brillent des yeux turquoise, cheveux gris épais remontés en chignon, sourire ravissant et voix flûtée.

Vous êtes M.W., entrez-donc, je vais vous montrer votre chambre…

Malgré son costume sombre, sa calvitie et sa cravate de soie le visiteur se sent petit garçon, il lui vient des envies de goûter, pain chocolat ou confiture. Son ordinateur au bout d’un bras, sa sacoche de l’autre côté, il suit le châle à fleurs et le parfum de camomille de son hôtesse.

 

Proposition d'Etienne:

Elle était là… elle m’attendait impatiemment je crois.
A mon approche, au crissement de mes pas sur le gravier, elle entrouvrait la porte et m’observait d’un regard de chat, un regard perçant.
En même temps que l’impression de satisfaction amusée qu’elle me donnait, je sentais une scrutation profonde, un vrillage de son regard qui me trépanait presque littéralement. Elle semblait, à cette distance, traverser mon crâne, lire dans mes pensées. Comment pouvait-elle savoir mon arrivée ? Quel secret instinct avait pu l’avertir ? Elle semblait presque amusée, ou satisfaite, et non pas effrayée. J’avais vraiment l’impression qu’elle m’espérait, que la victime se faisait complice de son bourreau, qu’elle était soulagée de mettre le terme à une longue attente, un long espoir… Elle semblait saisir le but de ma venue, et s’en satisfaire. Etre même heureuse de savoir, depuis son premier regard, que dans un moment tout serait fini.
Elle entra, devant moi, à reculons, l’air aguichant, mais ce n’était pas au désir qu’elle m’encourageait, mais vers l’accomplissement de ma tâche exterminatrice. Arrivée à l’intérieur, elle se tint droite, comme prête et préparée à ce qui l’attendait, et soulagée que ce moment fut venu. Elle n’opposa aucune résistance à la pression de mes pouces, ne se débattit point, et sembla même sourire, en lâchant son dernier soupir.

 


Proposition de Danielle:

Elle grimpe d’un pas alerte de jeune fille, sans un bruit, le vieil escalier de bois qui conduit au premier étage. Les marches fraîchement cirées grincent sous les chaussures vernies de l’homme élégant qui se sent tout à coup ridicule et a hâte de passer un pantalon de toile, une chemisette et des espadrilles. Il aurait d’ailleurs été plus à l’aise dans cette tenue pour voyager. Mais l’habitude, n’est-ce pas… PC portable, costume-cravate, comme pour aller au bureau chaque matin.
S’il est venu ici pourtant, c’est pour échapper au tourbillon du quotidien. On l’a tellement propulsé sur le devant de la scène ces derniers temps qu’il n’avait qu’une envie : sombrer dans l’anonymat, réfléchir, faire le point. Il avait même songé à une retraite dans un monastère avant de tomber sur la petite annonce dans un journal gratuit distribué au marché de Chantilly.
« Fatigué ? Ressourcez-vous dans la quiétude des chambres d’hôtes de Mamie Joly. » La voix chaude qui l’avait renseigné au téléphone avait achevé de le convaincre. Flo n’avait pas compris, l’avait traité de fou et filé dans leur villa de Chamonix où elle paraderait comme chaque été au milieu de leur cercle d’amis fortunés.
« Vous voilà chez vous, M. Woerth. La chambre vous plaira, j’en suis sûre. »

...

Proposition de Sylvette:
Deux semaines plus tard, chemises blanches et pantalons noirs malgré la chaleur, deux hommes sont assis sur des lits jumeaux défaits, la  chambre est tapissée de roses. Le soleil du matin éclaire la scène avec douceur à travers les rideaux plissés et fleuris, le chant matinal des oiseaux monte du jardin. Un des hommes ferme la fenêtre, et se rassoit, il compose un numéro sur son portable et parle à mi-voix en entourant le téléphone de sa main en coque.

- Allo , chef, on l'a trouvé. On a essayé de vous appeler hier mais ça ne passait pas, on est au milieu de nulle part ici. Pouvez les prévenir à Paris: il est logé, on l'a à l'oeil.

-...

-Non, il nous a pas identifiés, nous on l'a à peine reconnu, si on n'avait pas vu les journaux ces derniers temps...Il a l'air bizarre. Bon d'accord, on ne le lâche pas. On vous tient au courant.

Il éteint l'appareil, le glisse dans sa poche et se tourne vers son compagnon -On descend déjeuner, ils alertent la préfecture, on reste en contact.

La salle à manger est lumineuse, installée dans une véranda fleurie elle respire la paix. Les deux hommes en noir semblent déplacés dans cette atmosphère:

- Soyez les bienvenus, vous avez bien dormis?

La voix les fait sursauter, il se tournent et fixent l'homme en bermuda et sandales qui les accueille, le sourire aux lèvres, un tablier imprimé proclamant "Le chef fait ce qu'il peut " sur le ventre. Il poursuit -Voulez-vous du thé ou du café? Voici votre table: pain et brioche, confitures maisons, installez-vous!

Une voix frêle et harmonieuse vient de la cuisine -Installez-vous messieurs, M'amour, voudrais-tu brancher le grille-pain?

- C'est fait ma chérie, ne t'inquiète pas.

Le duo en noir fixe l'homme qui virevolte entre la desserte et la table, chantonne en arrangeant les serviettes, pose les couverts avec assurance sur la nappe brodée. Les bords effrangés de son bermuda, son T shirt de sport, le tablier de farces et attrapes, rien ne correspond à ce qu'ils attendaient - Asseyez-vous Messieurs, le café arrive.

La maîtresse de maison, une sorte de super-mamie Nova à châle rose, arrive avec le plateau qu'il lui retire doucement des mains en souriant -Laisse-moi faire ça, ma chérie.

Les deux policiers regardent ailleurs, l'air gêné. Les toutereaux finissent de les servir et s'éclipsent dans la cuisine où ils les entendent rire, et les soupçonnent de s'embrasser.

- T'as vu ça, qu'est-ce qu'on va dire? On a l'air de quoi?

- Ben on va dire la vérité: il est dans une chambre d'hôte en pleine campagne et il roucoule avec une grand-mère.

-Non mais attends, tu te rends compte des moyens mobilisés pour le retrouver? Il est quand même ministre! Toute la France se demande ce qu'il est devenu, le chef croyait qu'on était tombé dans une embuscade, on pensait avoir faire au grand banditisme. Et il est là en train de nous faire griller des toasts...

-Bon l'essentiel c'est de l'avoir trouvé. On ne racontera pas les détails aux collègues, ils risquent de se payer notre tête.


La suite de Danielle:

—           Aux collègues peut-être pas. Mais je connais un journaliste qui serait prêt à nous allonger un bon paquet de billets si on lui filait quelques informations.

—           T’es malade, le chef saurait tout de suite d’où viennent les fuites et on se retrouverait à la circulation, ou suspendus.

—           Tu vois toujours le pire, mon pauvre Dédé. Du côté de mon pote, ça serait motus et bouche cousue. Un journaleux, ça dévoile pas ses sources. Et qu’est-ce qui nous empêcherait de laisser supposer qu’il y avait des gens, disons, curieux , en même temps que nous dans cette auberge et que ce serait eux qui auraient cafté. Ils en sont pas à un mensonge près, là-haut (tu vois ce que je veux dire), alors pourquoi pas nous… Et la rumeur, mon vieux ; la rumeur : on sait jamais d’où elle part, la rumeur, hein ?

—           Ma foi, s’il y a un peu de fric à se faire…

—                Attends, j’ai trouvé mieux : si on prenait quelques photos en douce du ministre avec son tablier imprimé « Par ici la bonne soupe ! » main dans la main avec sa vieille sur le retour et qu’on les colle sur Internet ? Tu vois, tu te marres déjà !

—           Je me marre parce que je me demande bien comment tu ferais pour  coller tes photos sur le net, vu que t’as jamais su te servir d’un ordinateur.

—           Oh ! ça va ! C’est pas de ma faute si j’ai rien pigé au stage, toi non plus d’ailleurs. C’est Marcel qui tape tes rapports et tu le paies en litres de pastis. Mais mes neveux, imbattables, je te garantis qu’ils feraient ça comme des pros. Vachement intelligents, on les appelle les Bogdanov dans la famille. Tu imagines : une superbe photo du binoclard roulant un patin à la mémé au châle, ou en train de lui mettre la main au banier – mince, j’ai chopé un rhube, la campagne ça me vaut rien – avec comme sous-titre : « Ricou et sa nouvelle conquête »ou « les feux de l’amour ». Mon vieux, une affaire menée de main de maistre ! La France se tordra de rire.

 

Proposition d'Elisabeth

 A force de s'entendre appeler Eric par des inconnus, Patrick se posait des questions: au chômage depuis plusieurs mois, il avait perdu beaucoup de ses biens...et de ses connaissances. Mais un soir,devant la télévision, il comprit ce qui lui arrivait: sur l'écran, il se reconnut trait pour trait: C'était un membre très important du gouvernement qui parlait, très satisfait de lui-même: comme lui au temps de sa splendeur...
 Il se rappela l'agence devant laquelle il était passé la veille, et l'affichette qui avait attiré son regard: on recrutait des "Sosies" de personnalités célèbres. Il était promis "des salaires motivants " aux heureux élus.
  Lorsqu'il poussa la porte de l'agence, il fut reçu à bras ouverts. Justement, on était à la recherche d'un"remplaçant "pour mr.W. Très vite,il dut signer un engagement à être discret, et à ne rien révéler de ce qu'il pourrait apprendre au cours de ses missions.
 Il comprit à demi-mot que, Mr. W. ayant disparu, on essayait de cacher l'évènement au plus grand nombre, et qu'il lui faudrait, du moins en apparence, sauver la réforme entreprise, réforme qui allait l'enfoncer davantage dans l'exclusion. 

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 08:27

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La première fois, c’est toujours un samedi, souvent une fin de semaine, parce qu’on est libéré de tout souci. Ni travail, ni reprise pour une rude semaine.             La première fois, l’invitation est toujours pressante. Il nous est arrivé de tenir bon longtemps, de résister, nous décourager, être démesurément effrayé ; et puis un jour survient où tout est très, trop, rapide pour renoncer.
La première fois, c’est toujours imprévu, un écart occasionnel qui crée tout le charme de la situation. Une vie bien programmée, sans temps mort, voire trop ennuyeuse, qui ne se risque à rien de hasardeux. Jusqu’au grand saut. Soudain.
La première fois, on est toujours nerveux. On n’y peut rien. Le stress. Les questions se heurtent à une vitesse folle dans un cerveau devenu trop étroit. Y parviendrai-je ? Saurai-je offrir le meilleur de moi-même, laisser mes peurs bien enfouies ?
La première fois procure d’abord du bonheur, une sorte de sauf-conduit pour la liberté de nous dévoiler au monde, d’exister enfin, en parfait accord avec nos plus folles espérances.
La première fois fait ensuite mal, parfois très mal. Le labeur des débuts, l’angoisse du néophyte, la gêne du maladroit, la douleur de l’inexpérience.
Puis la première fois s’achève. Vite, ou pas. Éphémère circonstance de la naissance d’un nouvel être, un peu déçu, si loin de se sentir rassasié, regrettant d’avoir été en deçà, attendant la prochaine fois.
Enfin, la première fois engendre une inexorable addiction, celle dont on ne se relève jamais. Sinon, ce ne serait qu’un petit événement. C’est dur et marquant.
La première fois, c’est partager avec toute sa passion, se livrer sans retenue. L’étape d’une vie.
Mes premières fois, elles ont  toutes ressemblé à cela.
 
Puis il y a eu une seconde fois. 

 
A rebours
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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 16:52

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Ce matin, jour de marché ensoleillé à St Servan, j'ai vu l'Ours. Pas du tout dans une tanière sombre, pas non plus au-dessus d'un rayon de miel, mais dans une très jolie librairie accueillante, le Porte-Plume.

Le porte-plume, ça lui va bien à l'Ours, lui qui écrit dans des cahiers et qui travaille ses textes à l'ancienne. L'Ours n'est pas fashion, il n'est pas pas hype, ni tendance.L'Ours est comme il est, qui ne l'aime ne le suive.

Comme moi non plus je ne suis pas tendance, on trouve des trucs à se raconter, l'Ours et moi.

Il restait un recueil de lui que je n'avais pas lu en entier, Canaille et Compagnie (La Tour d'Oysel), j'y suis, là. Un petit extrait pour le plaisir:


J'ai dix ans et ça tombe bien, j'adore compter jusqu'à dix...


Un deux trois, lui c'est mon papa.


Cette paire de jambes, courtes, boudinées, qui dépasse sous l'auto bancale, soulevée de travers par le cric, ves jambes-là appartiennent à mon géniteur. Norbert pour les intimes. Et cette moitié-là est la plus avantageuse : l'autre, qu'on ne voit pas mais qu'on entend jurer, mille millions de putains par-ci, tonnerre de bordel par-là, n'a rien d'engageant. (...)


C'est le début de Jusqu'à dix, une des vingt nouvelles de Canaille et Compagnie que je vous recommande ...

Ah oui, mince, j'oubliais: l'Ours s'appelle Alain Emery.

 

Sur la photo, Alain Emery et Patricia, la libraire du Porte-plume

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5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 23:19

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Suite à la parution des Contes Malpolis, j'ai eu la chance de voir journalistes et bloggers s'intéresser à ce recueil plutôt atypique: Emma Bovary dans Pr'Ose, Maryline Martin dans Mary's colors, Anne Chabanelle la promeneuse curieuse, Coline Dé, Jean-Loïc Guérin et Jocelyne Rat...J'en oublie et pas des moindres! Récemment Hervé Sard a écrit pour Polarmania un article qui m'a beaucoup touchée.

Quelques extraits pour une revue de presse un peu centrée autour de moi-même. Bientôt, promis, je laisserai de nouveau la place à d'autres écrits histoire de ne pas consacrer ce blog à l'autopromotion.

 

Lors du festival Mauves en Noir (délicieux endroit, qu'on se le dise le verre de Malvoisie à la main!), rencontre avec Jocelyne Rat, ça a donné cela (clic)


J'y ai aussi rencontré Hervé Sard qui a acheté et lu mon recueil, avant d'en écrire cela (clic). Son blog Polarmania est une mine, mais une mine organisée et riche de références précieuses.


Le magazine  de l'Ille et Vilaine, Nous Vous Ille,  a mis un petit mot sur mon recueil également, c'est là(clic)

Moi, ça m'a plu parce que des gens qui me connaissent depuis longtemps y ont découvert que j'écrivais, c'était une sorte d'outing (comment dire en Français? Une sorte de "dehorisation", heu...bof! )

 

Maryline Martin, dame en bleu et sensible blogueuse, a mis des mots sonores sur les Contes malpolis, à écouter ici , merci à elle et bonjour au quatorzième arrondissement ...

 

Bon voilà, je me calme, je cesse de me regarder le nombril et je renvoie ce blog à sa vocation première: publier de courts textes et des bribes littéraires en essayant de les faire se répondre et dialoguer. Excusez ce moment d'égarement et envoyez-moi vos textes...

 

Sylvette alias Léonie

 

PS Et si vous vous demandez: Quel rapport avec la photo du réservoir de Central Park sous la glace? Aucun rapport, j'aime cette photo qui me rappelle le sentiment éprouvé la première fois que je suis allée à New York, l'impression de rencontrer des images et des paysages issus de mon imaginaire...

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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 09:41

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Première fois

 

Une première fois, cela ne s’oublie pas ! Cette première fois a été suivie de nombreuses autres et pourtant, le plaisir est toujours le même. Je n’étais pas bien grande et je ne m’attendais pas à autant d’émotion. Mais j’ignorais surtout les horizons qui allaient s’ouvrir devant moi. Quand je l’ai vu dans le salon, mon cœur n’a fait qu’un tour. J’ai immédiatement deviné qu’il m’attendait.

Habillé d’un manteau aux couleurs chaudes, il était là, inconscient du rôle qu’il ne tarderait pas à jouer. Sous l’œil amusé de mes parents, je l’aidai à se découvrir, impressionnée par sa chemise rouge et or qui, loin d’être voyante, avait le véritable charme de l’élégance. Séduite par son allure et enivrée par son parfum, je ne pus m’empêcher de le serrer contre moi. J’avais le sentiment de quitter un univers enfantin, fait de couleurs tapageuses, pour entrer dans le monde secret des grands. La première émotion passée, je le menai dans mon refuge. L’apprivoiser exigeait silence et isolement. Unique petite fille dans un univers d’adultes, mon premier livre allait devenir mon meilleur ami et me donner le goût de l’aventure des mots. Bien d’autres ont suivi. Ils restent les confidents privilégiés d’instants de vie glissés entre les pages et des amis fidèles, toujours là au moment opportun.

 

Anne Lurois

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Published by Léonie Colin
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