Des histoires en morceaux, des débuts, des fins , des bribes + vingt-quatre portes et fenêtres pour un calendrier de l'avent

Elle éponge les traces d’eau sur l’évier de pierre , essuie les carreaux bleus et finit d’arranger le plateau . Cafetière, sucrier , petite cuiller argentée , quatre biscuits à l’orange dans la coupelle de Saxe. Celle où Maman dressait quelques minces tuiles aux amandes . La fine bordure craquante et cuivrée , le centre jaune clair à peine cuit…
Elle attend dans le petit salon, il est toujours ponctuel . Depuis toutes ces années, il n’a manqué le rendez-vous que pour des raisons majeures, des évènements d’un ordre supérieur auxquels nul ne pouvait rien.
La pendule finit de résonner , il est là . Sa voix emplit la pièce, son timbre grave , ses intonations un peu chantantes, le charme de son accent .
Il s’assoit sur un fauteuil. Tourné vers elle, il la rassure dans ce monde où tout bouge, où même les mots n’ont plus la même signification. Son regard posé sur elle la trouble aussi ; comme celui de ce jeune homme, croisé le temps de quelques promenades au bord de la rivière l’année de ses vingt-cinq ans. Cet été là, elle n’était pas allée sur la côte, prétextant des migraines. Maman, déjà malade et fatiguée, avait accepté de la laisser seule deux semaines. Quinze longues journées de liberté …
Aujourd’hui, il est comme elle préfère : jeune, plein d’énergie. Il semble parfois plus lourd, plus posé, les yeux dissimulés par des verres fumés . Elle ne le montre pas mais ces jours-là , elle est un peu déçue.
Elle s’appuie légèrement contre le dossier, se laisse aller sans le lâcher du regard, l’écoute sans vraiment comprendre - c’est souvent compliqué - Elle observe ses mains, ses yeux , sa démarche…Il s’interroge encore, après quelques hésitations, voire des erreurs, il va prendre le dessus et tout va s’éclaircir. Comme chaque jour, elle le connaît depuis si longtemps.
L’intensité des dernières minutes, elle ne peut le quitter des yeux , il ne dit rien , un voile de mélancolie les unit. Elle sent monter la tristesse, cette gravité dans son regard. Plus encore le vendredi à cause des deux jours de séparation qui vont suivre.
Il est temps de prendre congé. D’un éclair de télécommande , elle efface les lettres bleues qui traversent l’écran comme une signature à la fin de l’épisode: