Des histoires en morceaux, des débuts, des fins , des bribes + vingt-quatre portes et fenêtres pour un calendrier de l'avent

Premier regard du jour au milieu des draps en pagaille, ils se sourient avec bonheur. Attirés par le ciel déjà bleu, ils repoussent les voiles de la fenêtre devant la perspective du parc . Tendresse de l’herbe après la rosée , ombre des vieux cèdres, les verts du paysage scintillent contre les pierres grises de la demeure. Après la terrasse bordée de balustres , la prairie en pente douce vers l’étang, calme miroir , vapeurs laiteuses . Sous la masse des grands arbres, deux cygnes blancs dérivent , immobiles excepté de douces impulsions pour demeurer ensemble . Pas un souffle, pas une ride sur la nappe glauque . Le refrain obstiné d’une tourterelle accompagne la naissance du jour, tout le jardin célèbre la matinée.
Il sursaute et commence à récolter ses vêtements éparpillés entre palier et couloir . Elle a enfilé un peignoir de soie écarlate . Lovée dans un fauteuil de tapisserie au dos droit elle ne le quitte pas des yeux. Il se prépare fébrilement , commentant pour lui-même :
- Il faut que j’appelle chez moi maintenant, quelle heure est-il ? ma montre est arrêtée, as-tu l’heure ?
Elle lui répond d’un sourire lumineux . Assis sur le marbre de la coiffeuse, hochant sa tête triangulaire , le chat suit chacun de ses mouvements. Il continue à parler en s’habillant.
- A bientôt, dès que je peux, je reviens te voir…II descend légèrement, soudain libéré, il danse presque, la tache écarlate de son trousseau luisant au bout de ses doigts.
En haut des marches, immobile , les cheveux quasi bleus sur la soie rouge, les yeux rivés sur lui, elle s’imprègne de sa voix et du souvenir de son corps.
Son pas alerte , tout son être, exhalent la hâte de retourner à sa vie après cette heureuse parenthèse . Chez sa femme. Une guirlande de mensonges au bord des lèvres. Un dernier regard, un sourire triomphant malgré lui, il disparaît. Elle fixe l'image de son épaule et son bras contre le battant, le regard conquérant mal réprimé, l'inconsciente fatuité, le charme . Tout ce qu'elle gardera de lui parmi les autres. La porte d’entrée referme le sombre hall qu’ un rayon de lumière a eu le temps de traverser .
Elle s’arrête devant la console. Contre ses paumes le cuir de la reliure semble vibrer, elle ouvre le livre. Le ciel devenu gris descend comme un volet sur l’œil-de-bœuf du palier . Dans la chambre , elle clôt les hautes fenêtres , veillant à ne pas prendre dans la crémone les voilages déjà fasseyants. Elle redescend l’escalier, le chat contre les chevilles, le vent siffle déjà contre les pentes du toit. Sa soeur surgit - Combien de petits déjeuners ? - Monte le plateau pour deux dans la chambre et fais couler un bain, il n’ira pas loin , l’orage arrive. Elle la rappelle - Anne, ce sera ce matin . Pour la voiture tu trouveras ses clés dans son blouson (...)